Citadelle de Barqūq

Publié le 28 mai 2026 — Mis à jour le 20 octobre 2026
  • Arabe : قلعة برقوق , خان الأمير يونس النوروزي
  • Translittération : Qalʿat Barqūq
  • Autres dénominations : Qalat Barquq, Khān al-amīr Yūnus al-Nawrūzī

Localisation

Coordonnées (WGS84) : 31°20’35.7″N , 34°18’12.1″E

citadelle de barqūq 2023

Localisation de la Citadelle de Barqūq (Image satellite du 01/11/2023 – ESRI World Imagery).

Localiser le site n°53 sur la carte interactive.

Description du site avant le 7 octobre 2023

C’est en 789 H/1387-1388, que l’émir Yūnus al-Nawrūzī (m. 791/1389), porte-écritoire (dawādār) du sultan mamelouk al-Ẓāhir Barqūq (r. 784-801/1382-1399), fit construire sur le site du village de Silqa (Silfa) un caravansérail gratuit (khān li l-sabīl) qui prit son nom (Khān Yūnūs). Plus tard, à l’époque ottomane, une localité se développa tout autour et prit le nom du Khan qui est aussi appelé Qalʿat Barqūq (la citadelle de Barqūq) en raison de son aspect fortifié et du nom du sultan régnant, al-Malik al-Ẓāhir Barqūq, qui est mentionné dans les inscriptions de la façade et à l’intérieur de la mosquée. Les caravansérails (khāns ou funduqs) se situaient dans les villes, dans leurs faubourgs ou encore sur les grandes routes du commerce pour abriter lors de leurs déplacements les marchands, leurs marchandises et leurs bêtes. Afin d’assurer la protection de leurs hôtes de passage et de leurs biens, ces caravansérails, lorsqu’ils étaient situés sur les routes, étaient souvent fortifiés et pourvus d’une mosquée ou tout au moins d’une salle de prière.

Le khān Yūnus répond à tous ces critères. Situé à 32 km au sud de Gaza, sur la route commerciale reliant Le Caire à Damas, il présentait la forme d’un bâtiment quadrangulaire de 85,5 m de côté soit une superficie d’environ 7 310 m2. Ses quatre angles comportaient à l’origine une tour semi-circulaire, lui donnant un aspect fortifié. On peut encore en voir les traces sur un dessin de 1878 (fig. 1), mais dans les années 1930, lorsqu’un plan en fut dressé sous l’occupation britannique, seule une tour subsistait à l’angle sud-ouest (fig. 2). Son entrée principale se situe sur sa façade occidentale. Des constructions, sans doute postérieures à sa construction initiale, réparties de part et d’autre d’une allée centrale, occupaient le centre de la cour. Les chambres des marchands se situaient au premier étage, tandis qu’au rez-de-chaussée des locaux abritaient leurs marchandises et leurs animaux. Il comprenait aussi dans sa partie occidentale une mosquée, au premier étage, surmontée d’une coupole et munie d’un minaret octogonal reposant sur une base carrée situé à droite de la porte d’entrée. Un puits fournissait l’eau potable.

Dans un panneau rectangulaire au-dessus de la porte figure toujours une inscription de cinq lignes en caractères naskhī mentionnant le nom de son fondateur et la date de sa construction (fig. 3)[1]. À droite de la porte d’entrée, se trouve une deuxième inscription de fondation (deux lignes), surmontée d’un médaillon central portant le nom du sultan Barqūq et ses titres avec, de chaque côté, le blason de l’émir Yūnus composé de haut en bas d’une boîte à calames et encrier, symbole de sa fonction de secrétaire et porte-écritoire ainsi que de deux coupes superposées[2] (fig. 4).

En 1866, la population de la localité ne dépassait guère sept cents âmes qui vivaient dans 150 modestes habitations[3]. Dès cette époque, le caravansérail était en partie ruiné et sa cour était envahie par un habitat dégradé[4], mais sa façade et la coupole de sa mosquée apparaissaient encore à peu près intactes à la fin du siècle, comme en témoigne un dessin de 1881. La partie supérieure du minaret fut détruite en 1917 par les Ottomans pour empêcher l’armée britannique de s’en servir comme repère pour ses bombardements[5]. Elle fut reconstruite ultérieurement en 2004 lors d’une restauration de la façade ouest de l’édifice menée par le Département palestinien des Antiquités (fig. 7)[6].

À la veille du 7 octobre 2023, seuls subsistaient la façade occidentale incluant la porte d’entrée et les restes d’une tour à l’angle sud-ouest, ainsi qu’à l’étage la mosquée, une partie de sa coupole et son minaret. Cependant le lieu était devenu un lieu public de rencontres, d’échanges et parfois de célébrations.

Description du site après le 7 octobre 2023

D’après les photos, la plupart des dommages semblent avoir été causés par les bombardements et l’opération militaire terrestre menée à Khān Yūnus par l’armée israélienne jusqu’au 7 avril 2024, date de son retrait de la ville. D’autres bombardements se sont ensuite déroulés en juillet-août 2024, puis à l’automne 2024 sans que l’on puisse en déterminer les conséquences précises sur l’édifice.

Les bombardements aériens, opérations terrestres et opérations de nettoyage aux bulldozers ont causé des dommages à l’édifice et dans ses environs immédiats, provoquant la destruction des boutiques aménagées dans les restes du caravansérail, l’écroulement du minaret. De la coupole de la mosquée, il ne reste plus qu’une petite partie.

Sources bibliographiques

Sources iconographiques avant le 7 octobre 2023

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Fig. 1. Ludwig Salvator, The Caravan Route Between Egypt and Syria, trad. anglaise, Londres, 1881, p. 58 (récit d’un voyage effectué en 1878, accompagné de dessins de l’auteur).

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Fig. 2. Plan dressé par l’archéologue palestinien Dimitri Baramki, Report on Khan Yunus, 1930s, for the Department of Antiquities (Mandatory Palestine). @ Wikimedia Commons.

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Fig. 3. L’inscription de fondation située au-dessus de la porte principale. Photo : F. al-Ḥusaynī (n.d.). © Thesaurus d’épigraphie islamique / Université de Liège.

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Fig. 4. L’inscription située à droite de la porte d’entrée, surmontée des trois médaillons. Photo : F. al-Ḥusaynī, (n.d.). ©Thesaurus d’épigraphie islamique / Université de Liège.

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Fig. 5. Le Khan avant 1917, dans H. Thiersch, Pharos, antike, Islam und Occident ; ein beitrag zur Parchitekturgeschichte, 1909, Leipzig/Berlin, p. 120.

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Fig. 6. Façade de la citadelle avant la restauration de 2004. © Palestinian virtual Museum

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Fig. 7. La façade après la restauration de 2004. © MEE/Ahmad al Danaf


Sources iconographiques après le 7 octobre 2023

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Fig. 8. Destruction du minaret, avril 2024. © Tribune/XINHUA.

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Fig. 9. État de l’intérieur de la coupole, avril 2024. © Tribune/XINHUA.

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Fig. 10. État de la façade, avril 2024. © Tribune/XINHUA.

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Fig.11. Capture d’écran d’une vidéo AFP News Agency du 8 octobre 2024, montrant que les inscriptions sur la façade ouest étaient encore en place à cette date.


[1] Thesaurus d’épigraphie islamique / Université de Liège.

[2] L. A. Mayer, Saracenic Heraldry, Oxford University Press, 1933, p. 12, 28, 254-257.

[3] M. Abu-Khalaf, « Khan Yunis and the Khans in Palestine », Levant, 15, 1983, p. 178.

[4] V. Guérin, Description géographique historique et archéologique de la Palestine, Paris, L’Imprimerie nationale, 1869, part. I, Judée, vol. 2.

[5] M. Abu-Khalaf, « Khan Yunis and the Khans in Palestine », op. cit., p. 183-184.

[6] https://virtualmuseum.tourism.ps/en/article/80/Khan-Yunis

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