Dénominations
- Arabe : دير القديس هيلاريون
- Translittération : Dayr al-qaddīs Hīlārīyūn
- Autres dénominations : Monastère de Tall Umm ʿĀmir, Tall Umm ʿAmr
Localisation
Le monastère est situé à 2 km au sud de l’estuaire du Wādī Ghazza et à une dizaine de kilomètres au sud de la ville de Gaza.
Coordonnées (WGS84) : 31°26’50.3″N, 34°21’58.9″E

Localisation du Monastère Saint-Hilarion (Image satellite du 01/11/2023 – ESRI World Imagery).
Localiser le site n°57 sur la carte interactive.
Description du site avant le 7 octobre 2023
L’important site archéologique de Tall Umm ʿĀmir s’étend sur la dune littorale, sur plusieurs dizaines d’hectares à l’extrémité sud-ouest du territoire de la municipalité de Nuseirat, à 2 km au sud de l’estuaire du Wādī Ghazza et à une dizaine de kilomètres au sud de la ville de Gaza. Les vestiges du monastère de Saint-Hilarion s’y développent sur plus de 14 000 m2. L’environnement des vestiges s’est densifié depuis la découverte du site il y a plus de trente ans mais reste limité à de petites habitations de plaisance éparpillées entre les vignes, les oliveraies et les serres des maraîchers.
Fondé au début du IVᵉ siècle par Hilarion, considéré comme le « père » du monachisme palestinien, le monastère de Saint-Hilarion est l’une des plus anciennes traces de vie communautaire chrétienne de la région. Il aurait été détruit par un tremblement de terre, puis abandonné en 614.
Tall Umm ʿĀmir a été à plusieurs reprises exploré au cours des XIXe et XXe siècles sans pour autant que des vestiges significatifs y aient été identifiés. Entre 1991 et 1992, le lieu est partiellement sondé par le Département israélien des Antiquités après la découverte d’éléments architecturaux en marbre, lors de l’aménagement d’infrastructures urbaines adjacentes à la route côtière ouverte depuis peu. À partir de 1997, dans le sillage de la mise en place de l’Autorité nationale palestinienne et suite au développement d’un projet de lotissements, le site mis au jour six ans plus tôt est dégagé par le Service palestinien des Antiquités de Gaza. Face à l’ampleur et à la complexité des vestiges et à la demande du ministère du Tourisme et des Antiquités de Palestine, à partir de 2001, un programme d’assistance scientifique et technique patronné et soutenu par le Service de coopération et d’actions culturelles du Consulat général de France à Jérusalem est mis en place dans le cadre plus large de la Mission de coopération archéologique franco-palestinienne de Gaza dirigée par l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Entre 2002 et 2006, quatre campagnes de vérifications archéologiques sont engagées. Elles ont permis de revisiter les vestiges dégagés pendant les cinq années précédentes par le Service palestinien des Antiquités de Gaza. La chronologie y est alors établie, une inscription qui mentionnait Hilarion et son cénotaphe primitif sont mis au jour au courant de l’automne 2003 attestant qu’il s’agissait bien du monastère fondé par le père du monachisme palestinien. Ce constat faisait de Tall Umm ʿĀmir, le témoignage de vie en communauté, de la période byzantine, le plus ancien fouillé de Terre Sainte.
Les vestiges mis au jour se développent sur 14 000 m2. Intra-muros, le monastère couvre une surface d’environ 8 300 m2. Sa chronologie s’échelonne du début du IVe siècle à la fin du VIIIe siècle. Le complexe mis au jour à partir de 1997 correspond à sa version architecturale la plus tardive. Il se partage en deux pôles architecturaux juxtaposés, l’un ecclésiastique au sud autour du sanctuaire, l’autre au nord autour des bains et de l’hôtellerie. L’emplacement du puits et de ses adductions d’eau, topographiquement positionné sur la partie la plus haute du site, marque la séparation entre les deux ensembles. Le complexe ecclésiastique forme un quadrilatère tourné vers l’est, d’environ 4 650 m2. Il comprend l’église, la crypte, l’atrium, les baptistères, une chapelle, les cellules, le réfectoire et des annexes de service. L’ensemble du bain et de l’hôtellerie couvre une surface d’environ 3 600 m2. L’hôtellerie en occupe le nord et le bain, le sud.
Afin de stopper les effondrements consécutifs aux fortes précipitations hivernales des vestiges du sanctuaire, de la crypte et du bain et de pallier le manque de moyens et de compétence locale, entre 2010 et 2015 est mis en place un programme de consolidation d’urgence, soutenu par le Consulat général de France à Jérusalem, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères et l’UNESCO. Durant cette période, en 2012, le site est inscrit sur la liste indicative de l’UNESCO pour la Palestine. À la fin de l’année 2017, un Fonds accordé par le British Council, renforcé en 2020 par la Fondation ALIPH et, depuis 2022, par l’Agence française de développement a permis à l’ONG Première Urgence internationale de mettre en œuvre, via l’initiative Intiqal, un programme de formation in situ d’étudiants en architecture et en archéologie, de pérennisation, de mise en valeur et de médiation des vestiges.
Description du site après le 7 octobre 2023
En réponse à l’actuel conflit, le 26 juillet 2024, le site a été inscrit en urgence lors de la 46e session de la Commission du patrimoine mondial, sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. Cette décision se complète par une inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité en péril.
Le site du monastère de Saint-Hilarion n’a subi aucun dommage direct ou indirect (collatéral) lié au conflit armé. Le manque d’entretien et les fortes pluies hivernales ont entraîné une érosion des vestiges et le développement de la végétation. Une partie des pavements de mosaïque sont plus particulièrement atteints dans ce contexte. La crise humanitaire a entraîné le pillage d’une partie des passerelles d’accessibilité aux vestiges (bois).
Sources bibliographiques
- Elter René, « Gaza, transmission et nouvelles dynamiques de la recherche archéologique : les premiers résultats », Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, Institut de France, 2025 (sous presse).
- Elter René, Al-Utol Fadel, « Les lieux de l’archéologie de Gaza, sites indissociables du développement de l’initiative Intiqal », dans René Elter (dir.), Gaza : comment transmettre le patrimoine, le programme Intiqal, Paris, Riveneuve, 2025, p. 77-121.
- Elter René, « Gaza, à la croisée de l’histoire », Archéologia, n° 635, octobre 2024, p. 46-53.
- Elter René, « État des lieux à Tell Umm el-ʿAmr (bande de Gaza) : la question des baptistères », Syria, 98, 2022, p. 83-100.
- Elter René, « Du caveau-reliquaire à la grande crypte de pèlerinage : un mausolée pour Hilarion, les vestiges de Umm el-ʿAmr à Nuseirat (bande de Gaza) », dans Ch. Sapin et P. Chevalier (dir.), Mausolées et église, IVe-VIIIe siècle, actes du colloque international, Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrant 2, novembre 2011, numéro de Hortus Artium Medievalium, vol. 18/2, 2012, p. 367-378.
Sources iconographiques avant le 7 octobre 2023

Vue aérienne du site du monastère de Saint-Hilarion. © F. Harouda/PUI 2022.

Le monastère de Saint-Hilarion, vue sur la crypte depuis l’est. © R. Elter/PUI 2023.

Le monastère de Saint-Hilarion, vue sur les vestiges du bain et les installations pour sa protection et sa mise en valeur. © F. Harouda/PUI 2023.

Monastère de Saint-Hilarion, salle annexe, mosaïque dite au « semis d’hederae ». Datant du VIe siècle, elle a été exhumée par la Mission de coopération archéologique palestino-française de Gaza.

Le monastère de Saint-Hilarion, plan général des vestiges du monastère de Saint-Hilarion, dessin © R. Elter/PUI 2024.
Sources iconographiques après le 7 octobre 2023

Le monastère de Saint-Hilarion, état du secteur du bain en mars 2024. © PUI 2024.
Sources vidéo
Projet Intiqal
- Digitization and Modeling of the Atrium of the Monastery of Saint Hilarion in Gaza by Photogrammetry
- Monastery of Saint-Hilarion (6th century 3D evocation) – Tell Umm el-ʿAmr (Gaza Strip)
Gaza Histoire vous propose de citer ce billet de la manière suivante :

