Bain des Samaritains

Publié le 28 mai 2026 — Mis à jour le 23 octobre 2026

Coordonnées (WGS84) : 31°30’12.8″N, 34°27’50.0″E

Localiser le site n°20 sur la carte interactive.

  • Arabe:    حمام السمرة
  • Translittération : Ḥammām al-Samara
  • Autre appellation : Ḥammām as-Sumara

Localisation

Le Ḥammām al-Samara se situe au sud-est du quartier al-Zaytūn dans le vieux Gaza, derrière l’immeuble Abū Raḥmān qui a remplacé le Khān al-Zayt, au sud-ouest de la Grande Mosquée al-ʿUmarī dont elle est séparée par la rue ʿUmar al-Mukhtār.

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Source : Google Maps le 2 juin 2026.

Description du site avant le 7 octobre 2023

Les Samaritains forment une communauté religieuse issue d’une ancienne branche du judaïsme. Ils se distinguent du judaïsme rabbinique, dont ils sont séparés, par le fait qu’ils n’acceptent que les cinq premiers livres de l’Ancien Testament (Livres de Moïse) et rejettent le Talmud[1]. Historiquement installés à Gaza dans le quartier d’al-Zaytūn, leur nombre avait beaucoup diminué à l’époque mamelouke. Ainsi, à la fin du XVe siècle, le voyageur juif Meshullam de Volterra écrit qu’il n’y a plus que quatre familles samaritaines à Gaza[2]. Leur présence est encore attestée en 1584 :  ils possédaient alors plusieurs lieux, dont une synagogue, deux bains et un cimetière[3]. La plupart d’entre eux finit toutefois par émigrer vers le Jabal Jarizīm (mont Garizim), près de Naplouse[4].

Dernier hammam historique encore en activité à Gaza, le bain des Samaritains constituait, avant sa destruction, l’un des ultimes témoins de leur présence dans la ville. De cet héritage, seuls deux vestiges étaient encore connus à Gaza dans la première moitié du XXe siècle : le Mausolée des Samaritains (Turbat al-Samara), situé dans le quartier d’al-Ṣabra près du cimetière des Martyrs (Maqbarat al-Shuhadāʾ), et ce bain, implanté au cœur de la vieille ville[5]. La date de sa fondation n’est pas scientifiquement établie, les quelques inscriptions parvenues jusqu’à nous ayant donné lieu à des lectures très différentes. La version la plus convaincante est celle de M. Sharon selon lequel l’édifice aurait été reconstruit à l’époque mamelouke, en 816/1413-1414, par le grand chambellan Shams al-Dīn Sunqur, ancien mamelouk du sultan al-Muʾayyad Shaykh (815-824/1412-1421), ce qui situerait sa fondation à une date antérieure non déterminée[6].

Dans la première moitié du XXe siècle, le bain était un waqf familial dont les revenus étaient destinés aux descendants de la famille Riḍwān[7]. Dans les années 1950, la famille palestinienne al-Wazīr en acquit la propriété[8]. Gestionnaire du hammam, cette famille a dû faire face aux défis posés par un système ancien de chauffage de l’eau et des installations traditionnelles dont l’entretien et la restauration nécessitaient des investissements considérables. Soucieuse de préserver ce patrimoine exceptionnel, après une première restauration dans les années 1970, elle a aussi participé, dans les années 2000, à la restauration du monument aux côtés de l’Université islamique de Gaza et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Le hammam a conservé, jusqu’à sa destruction totale, en 2023, son mode de fonctionnement traditionnel. Il était ouvert aux hommes comme aux femmes, à des heures différentes et accueillait en particulier les jeunes mamans et leur nouveau-né pour une bénédiction à leur quarantième jour.

Description du bain (plan fig. 1)

L’entrée du bain était surmontée d’un arc en plein cintre et conduisait à un couloir dont l’extrémité était coudée à angle droit afin de préserver l’intimité des usagers. Le bain se trouvant à deux mètres environ au-dessous du niveau de la rue actuelle, on y accédait par un escalier.

D’une superficie totale d’environ 300 m², le hammam était composé d’une succession d’espaces organisés selon leur fonction[9]. L’ensemble s’articulait autour d’une salle d’entrée carrée d’environ 30 m², couverte d’une coupole, comprenant en son centre un bassin. Cette salle, appelée « al-mashlaḥ al-ṣayfī » (vestiaire d’été), flanquée de deux iwans, à l’est et au sud, était utilisée pour enlever ou remettre ses vêtements et servait d’espace convivial et de repos lors de l’entrée et de la sortie du bain. Elle était couverte d’un dôme percé de petits oculi aux verres colorés. Depuis cette salle, un couloir coudé menait à une première salle (bayt awwal) intermédiaire entre la salle-vestiaire et la salle chaude (bayt al-harāra). Une petite porte permettait d’accéder à cette dernière et, dès son ouverture, le visiteur était saisi par une chaleur intense et une forte humidité. L’espace central de cette pièce était lui aussi couvert d’un dôme à oculi colorés et flanqué de trois petits iwans rectangulaires, le tout couvrant environ 40 m². Deux petites pièces indépendantes, appelées « khalwa » (cellules ou alcôves), complétaient l’ensemble. Dans l’une d’elles, au nord-est se trouvait un bassin (maghṭas) rempli d’eau chaude. Un four situé au sud-ouest du bain, alimenté au bois, assurait le fonctionnement du bain, tandis qu’un réseau de canalisations permettait la circulation de l’eau chaude sous les sols de l’édifice[10].

Les matériaux de construction et les techniques employées ne diffèrent guère de ceux des autres édifices de la vieille ville. Toutefois, le hammam se distingue par l’usage abondant du marbre pour les sols et certaines parties des murs, ainsi que par ses oculi vitrés et colorés.

Description après le 7 octobre 2023

Le hammam a été entièrement détruit par les bombardements israéliens entre 2023 et 2025[11]. La collecte, le catalogage et la conservation des pierres de construction a commencé sur place en vue de sa reconstruction[12]. Le World Monument Fund envisage de participer à la reconstruction dès que possible.

Sources bibliographiques

  • Almughany Nihad, al-Turāth al-miʿmārī fī madinat Ghazza [The Architectural Heritage of Gaza], Rāmallah, Riwāq – al-Markaz al-miʿmār al-shaʿbī [Riwaq – Popular Architecture Centre], 2007, 220 p.
  • Almughany Nihad, El-Wazir Mohammad, Al-Qeeq Farid, Dawood Hosam, « A Sustainable Approach for Urban Integration of Hammām Samārah in the Historic City of Gaza », International Journal of Architectural Research (Archnet-IJAR), vol. 3, n° 1, 2009, p. 171-185.
  • al-ʿĀrif ʿĀrif, Taʾrīkh Ghazza, Jérusalem, Maṭbaʿat Dār al-aytām [Dar al-Aytam Press], 1943,p. 278.
  • Dow Martin, The Islamic Baths of Palestine, British Academy holographs in Archaeology, Oxford University, n° 7, 1996, p. 68-72.
  • Dowling Theodore Edward, Gaza: A City of Many Battles (from the family of Noah to the Present Day, Londres), Society for Promoting Christian Knowledge, 1913, p. 38-39 et 48-49.
  • El-Haddad Laïla, « Hammam al-Samara/Hammam es-Samara Public Baths », This Weeek in Palestine, décembre 2006.
  • Mamlouks. 1250-1517, hors-série de Beaux-Arts Magazine, exposition du Musée du Louvre, commissaires de l’exposition : Souraya Noujaim et Carine Juvin, 2025.
  • Pèlerinage, sciences et soufisme : l’art islamique en Cisjordanie et à Gaza, cycle international d’expositions coordonné par Musée sans frontières en partenariat avec l’Autorité palestinienne (Ministère de la Culture), Édisud, coll. « L’Art islamique en Méditerranée », 2004.
  • Al-Qeeq Farid, Al-Masri, A., An Approach to Conserve Gaza Architectural Heritage Through Digital Technology. The 2nd International Engineering Conference on Construction and Development, 18-19 June 2007, Gaza, The Islamic University, 2007.
  • Sarajevo Times, « The Israeli Army destroyed a Historical Ottoman Architectural Building from the 14th Century », 31 décembre 2023.
  • Sharon Moshe, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, vol. 4 : – G –, Leiden/Boston, Brill, 2008, p. 149-153.
  • Ṭabbāʿ (al-) ʿUthmān, Itḥāf al-aʿizza fī taʾrīkh Ghazza, Gaza, Maktabat al-Yāzijī, 1950, 4 vol., III, p. 96.

Sources iconographiques avant le 7 octobre 2023

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Fig. 1. Plan et coupe du bain, dans N. Almughany, al-Turāth al-miʿmārī, Rāmallah, 2007, p. 100.

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Fig. 2. La salle-vestiaire (mashlaḥ) avec son bassin (cliché non daté). © Museum Without Frontier (MWNF).

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Fig. 3. L’extérieur du bain en 2009 après sa restauration dans les années 2000, dans N. Almughany et al., International Journal of Architectural Research, vol. 3, no 1, 2009, p. 174.

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Fig. 4. La salle-vestiaire (mashlaḥ) avec son bassin après sa dernière restauration (2023). © Institute for Palestine studies.

Sources iconographiques après le 7 octobre 2023

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L’état du bain après destruction, 27 mai 2025. © Palestine TV.

Sources vidéo

Ghassan Al-Shami, entretien avec Muṣṭafā ʿAbd al-Raḥmān, le 1er juillet 2021 : « حمّام السمرة.. النموذج الوحيد المتبقي من الحمّامات بغزة », pour Arabi21,

Vidéo montrant le bâtiment en ruines, 26 décembre 2023 : https://twitter.com/i/status/1739600833153478687

Vidéo de Palestine TV montrant le bain avant et après destruction avec interview de son propriétaire, 27 mai 2025.

Vidéo de la chaîne al-Arabiyya montrant le déblayage et le tri des pierres en vue de la reconstruction du bain, 10 février 2026.


[1] Le Talmud est un recueil de textes qui couvre l’ensemble de la loi et de la tradition juives, compilé et rédigé entre le IIIe et le VIe siècle. Il contient les enseignements et les discussions des grandes académies de Terre Sainte et de Babylonie.

[2] Meshullam de Volterra (1481), dans E. N. Adler (éd.), Jewish Travellers, Londres, 1930, p. 180.

[3] T. E. Dowling, Gaza,  p. 38-39.

[4] Al-Ṭabbāʿ  ʿU., Itḥāf, III, p. 96. Sur la présence d’une petite communauté samaritaine aujourd’hui en Palestine et en Israël, cf. le reportage de la chaîne de télévision ARTE :  Palestine : le combat des Samaritains (2022).

[5] Al-ʿĀrif, Taʾrīkh Ghazza, p. 107.

[6] M. Sharon, Corpus, IV, p. 150-151; voir aussi N. Almughany et al., « A Sustainable Approach for Urban Integration of Hammām Samārah in the Historic City of Gaza », International Journal of Architectural Research (Archnet-IJAR), vol. 3, n° 1, 2009, p. 177.

[7] Al-ʿĀrif, Taʾrīkh Ghazza, op. cit., p. 278.

[8] D’après le propriétaire Salīm al-Wazīr, dans un reportage de Dār al-ḥayāt al-jadīda li l-ṭibāʿa wa l-nashr, 2022. Cf. aussi  Institute for Palestine Studies, notice 4379.

[9] La description détaillée du bain dans N. Almughany et al., « A Sustainable Approach for Urban Integration of Hammām Samārah in the Historic City of Gaza », p. 178-180.

[10] Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Focus, vol. 1, n° 4, Jérusalem, Programme of Assistance to the Palestinian People, 2004, p. 11.

[11] Middle East Eye ; S. Noujaim et C. Juvin, Beaux-Arts, Hors-série, Mamlouks, 1250-1517, Musée du Louvre, 2025, p. 56.

[12] Vidéo de Palestine TV (février 2026).

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