L’Entretien archéologique : « Que reste-t-il de Gaza ? »

Publié le 23 mai 2025 — Mis à jour le 21 juillet 2026

Un entretien avec Élodie Bouffard, commissaire de l’exposition Trésors sauvés de Gaza à l’IMA, et l’archéologue René Elter a permis d’éclairer les enjeux de la préservation du patrimoine gazaoui.
Les deux spécialistes ont partagé leur expertise sur les découvertes archéologiques et les actions menées pour sauvegarder ce patrimoine.

Vue du site archéologique du monastère de Saint Hilarion à Tell Umm al-Amr près de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 11 août 2024.
Vue du site archéologique du monastère de Saint Hilarion à Tell Umm al-Amr près de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 11 août 2024. ©AFP – Eyad BABA

Depuis le 7 octobre 2023, Gaza subit des bombardements systématiques entraînant la mort ou l’exil d’une large partie de sa population, mais aussi la destruction de son patrimoine. Une exposition à l’Institut du Monde Arabe à Paris rend compte de ce passé archéologique sauvé de la disparition.

Gaza : un espace peuplé depuis 5 000 ans

Les premières traces archéologiques de Gaza remontent à l’Âge du Bronze. Depuis, cette bande côtière à la croisée des mondes entre l’Afrique, le Monde Arabe et l’Asie, a sans cesse été habitée. Si d’autres villes plus au Nord au Liban comme Byblos étaient des ports commerciaux, Gaza, bien que donnant sur la Méditerranée, est davantage un carrefour prospère tourné vers les terres et les routes commerciales.

Le patrimoine archéologique de Gaza : entre sauvegarde, péril et disparition

Ce passé se traduit par un riche patrimoine matériel témoignant des différentes influences culturelles en présence dans ce territoire (néolithique, greco-romain, byzantin et musulman). On trouve à Gaza des vestiges qui rappellent cette prospérité aujourd’hui oubliée.

Depuis 2006, ce territoire palestinien de 365 km² est enclos et vit au rythme des guerres successives entraînant des destructions massives, suivies de reconstructions en urgence faisant nécessairement passer les considérations pour le patrimoine au second plan.

Devant ces atteintes au patrimoine archéologique de Gaza, des programmes de sauvegarde ont été organisés et des organismes comme l’UNESCO tentent d’empêcher la destruction de sites emblématiques et alertent sur leur disparition. Ainsi, l’agence des Nations Unies annonçait en juillet 2024 l’inscription du monastère de Saint-Hilarion, situé dans le centre de la bande de Gaza, sur la liste du Patrimoine mondial en péril.

Une exposition pour ne pas oublier Gaza au présent

En 2000, l’Institut du Monde Arabe présentait sa première exposition consacrée à l’archéologie de Gaza. Vingt-cinq ans plus tard, cette nouvelle exposition propose d’admirer un mobilier archéologique sauvé des désastres des guerres successives. Ce mobilier en grande partie placé en sûreté au port franc de Genève en Suisse, nous ramène à la longue histoire de Gaza. L’exposition “Trésors sauvés de Gaza – 5 000 ans d’histoire” nous met également face aux défis présents que connaît ce territoire largement dévasté par l’armée israélienne.

En tout premier lieu un défi humanitaire. Comme le dit René Elter, “le premier patrimoine à sauver aujourd’hui à Gaza, ce sont les humains”. A l’heure où nous écrivons ces mots, l’OMS annonce que 2,1 millions de personnes dans la bande de Gaza sont “en danger de mort imminente”.

Et dans un second temps, un défi patrimonial : que restera-t-il du patrimoine archéologique de Gaza et donc de son histoire une fois qu’un cessez-le-feu aura été signé ? Le 25 mars 2025, l’Unesco observait, en se basant sur des images satellitaires, des dommages sur 94 sites cultuels de Gaza : 12 sites religieux, 61 bâtiments d’intérêt historique et/ou artistiques, 7 sites archéologiques, 6 monuments et 3 dépôts de biens culturels mobiliers et 1 musée.

23 mai 2025 – France Culture, L’Entretien archéologique : « Que reste-t-il de Gaza ? » avec Élodie Bouffard et René Elter.

Lien : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-entretien-archeologique/que-reste-t-il-du-patrimoine-de-gaza-6258346

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