Tell al-Sakan

Publié le 30 juillet 2026 — Mis à jour le 12 octobre 2026
  • Translittération : Tell es-Sakan
  • Arabe : تل السكن
  • Autres dénominations : Tell al-Sakan, Tall es-Sakan, Tall al-Sakan, Tell Essakan

Localisation

Le site de Tell es-Sakan est situé dans la partie sud-ouest de la bande de Gaza, à environ cinq kilomètres au sud de la ville de Gaza. Il se trouve sur la rive nord du Wādī Ghazza (Wadi Gaza), à proximité immédiate de la route antique reliant la Palestine méridionale à l’Égypte le long du littoral méditerranéen. À moins de 500 mètres au sud se situe le site voisin de Tell al-ʿAjjūl.

Coordonnées : Lat : 31.475716° ; Long : 34.405469°

Description avant le 7 octobre 2023

Tell es-Sakan est un site archéologique majeur de la bande de Gaza, situé à environ cinq kilomètres au sud de la ville de Gaza, sur la rive nord du Wādī Ghazza (ou Wadi Gaza), à proximité immédiate de la route antique reliant l’Égypte au Levant méridional. Implanté dans une zone fertile, riche en ressources hydrauliques et agricoles, le site occupe une position stratégique à la frontière entre l’Égypte et Canaan, à proximité d’un gué constituant un point de passage obligé entre les deux régions.

Le tell, presque entièrement recouvert par des dunes de sable, se présentait lors de sa découverte comme une butte artificielle de faible élévation dominant la plaine littorale (fig. 1 à 3). Sa superficie est estimée entre 5 et 9 hectares, ce qui en fait l’un des plus vastes établissements du Bronze ancien connus dans la région de Gaza. L’épaisseur cumulée des dépôts archéologiques atteint environ neuf mètres, témoignant d’une occupation dense qui perdure sur plusieurs siècles.

Découverte et historique des recherches archéologiques

Tell es-Sakan a été découvert fortuitement à l’automne 1998 lors de travaux de construction d’un vaste lotissement d’habitation. Les terrassements mécaniques ont entaillé profondément le tell, révélant d’importants vestiges architecturaux en briques crues ainsi qu’un mobilier archéologique abondant, exclusivement daté du Bronze ancien (fig. 4).

Face au risque de destruction totale du site, une mission archéologique franco-palestinienne de sauvetage a été mise en place dès 1999 sous l’égide du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et du Département des Antiquités de Gaza. Les travaux ont été dirigés conjointement par Pierre de Miroschedji et Moain Sadeq.

Après une campagne préliminaire de sondages en 1999, une première grande campagne de fouilles a eu lieu en 2000. Trois chantiers principaux (A, B et C) ont été ouverts, couvrant une surface totale d’environ 1 400 m² (fig. 5 à 8). Les fouilles ont permis d’établir une stratigraphie complète du site et de documenter son organisation architecturale et défensive.

Les recherches ont été interrompues au début des années 2000 en raison de la dégradation de la situation politique et sécuritaire dans la région. Aucune fouille sur le site n’a par la suite été entreprise sur le site, constamment menacé par le développement urbain et la construction d’immeubles dans son environnement immédiat.

Organisation générale et stratigraphie

Les fouilles ont permis d’identifier neuf niveaux d’occupation, répartis en deux grandes phases culturellement distinctes, séparées par une période d’abandon (fig. 9). La première correspond à une occupation égyptienne datée de la fin du IVᵉ millénaire av. J.-C. (Bronze ancien IB en Palestine, époque prédynastique récente et dynastie 0 en Égypte), tandis que la seconde relève d’une occupation cananéenne du Bronze ancien III, au cours de la première moitié du IIIᵉ millénaire av. J.-C.

Les niveaux les plus anciens (niveaux 9 à 6), principalement explorés dans le chantier A, livrent une culture matérielle presque exclusivement égyptienne. Ils comprennent à la fois des structures défensives, mais aussi des éléments d’habitat et des niveaux de circulation, indiquant une occupation organisée et permanente. Les niveaux supérieurs (niveaux 5 à 1), étudiés dans les chantiers B et C, témoignent d’une réoccupation cananéenne du site après une phase d’abandon, caractérisée par un urbanisme structuré et des espaces domestiques clairement identifiables.

L’établissement fortifié égyptien

L’une des caractéristiques majeures de Tell es-Sakan réside dans la présence de fortifications monumentales associées à l’occupation égyptienne (fig. 6 et 9). Trois murailles successives en briques crues ont été mises au jour au chantier A, dans les niveaux inférieurs du site. La plus ancienne, fondée directement sur le sable vierge, présentait une épaisseur d’environ 1,50 mètre et était associée à un ouvrage extérieur interprété comme un bastion ou une tour.

Lors d’une phase ultérieure, cette première muraille a été renforcée par l’adjonction d’un second mur accolé à sa face interne, portant l’épaisseur totale du rempart à plus de 3,5 mètres. Enfin, une troisième muraille, édifiée légèrement en avant des précédentes, atteignait près de 4 mètres d’épaisseur et reposait sur une fondation de blocs de grès local (kurkar). Cette dernière phase était complétée par un glacis de terre destiné à renforcer la défense de l’enceinte.

Ces fortifications délimitaient un espace protégé, à l’intérieur duquel se développaient des zones d’habitat. Les niveaux d’occupation égyptiens comprennent des structures domestiques, des sols aménagés et des niveaux de destruction riches en mobilier. Les vestiges d’habitat, bien que souvent tronqués par les constructions postérieures ou par les destructions modernes, témoignent d’un bâti dense, organisé selon des techniques de construction égyptiennes adaptées à un environnement sableux. L’absence de fondations en pierre, remplacées par des murs en briques crues directement fondés sur le sable, reflète à la fois les contraintes géologiques locales et les traditions architecturales importées de la vallée du Nil.

La présence d’espaces domestiques, associée à un mobilier varié (céramique, objets de la vie quotidienne), indique que Tell es-Sakan n’était pas uniquement un site militaire ou administratif, mais un établissement habité de manière permanente, abritant une population égyptienne installée durablement dans la région. Tell es-Sakan jouait probablement un rôle important dans le contrôle des échanges, des ressources et des axes de circulation entre l’Égypte et le sud du Levant (fig. 10 et 12).

La cité fortifiée cananéenne

Après l’abandon du site au début du IIIᵉ millénaire av. J.-C., probablement en lien avec le retrait égyptien de la région, Tell es-Sakan connaît une réoccupation au Bronze ancien III. Cette phase est documentée principalement dans les chantiers B et C. Une nouvelle cité fortifiée est alors édifiée sur les ruines de l’établissement précédent. Le rempart cananéen, construit en briques crues, suit globalement le tracé des fortifications antérieures, témoignant d’une continuité dans l’organisation spatiale du site.

Les niveaux cananéens révèlent un urbanisme structuré, avec des bâtiments domestiques en briques crues, des espaces de circulation et des niveaux d’occupation successifs indiquant une utilisation prolongée du site. Les plans partiellement préservés suggèrent des unités d’habitat organisées, probablement regroupées en quartiers, avec des espaces de vie, de stockage et de production domestique. Le mobilier associé à ces niveaux – céramique cananéenne du Bronze ancien III, objets utilitaires et restes de la vie quotidienne – témoigne d’une occupation pleinement intégrée aux traditions culturelles du Levant sud (fig. 11 et 13). Cette phase marque l’intégration du site dans le réseau des cités-États cananéennes en pleine expansion dans la région de Gaza et du Levant méridional.

Importance historique du site

Par son ampleur, sa stratigraphie et la nature de ses vestiges, Tell es-Sakan constitue un site clé pour l’étude des relations égypto-cananéennes aux IVᵉ et IIIᵉ millénaires av. J.-C. Il illustre à la fois la phase de colonisation égyptienne en Palestine méridionale et les transformations politiques et urbaines qui accompagnent l’émergence des premières agglomérations urbaines cananéennes au Bronze ancien. À ce titre, il occupe une place centrale dans la compréhension des origines de l’urbanisation et des dynamiques frontalières dans la région de Gaza.

L’état du site après le 7 octobre 2023

Entre 2023 et 2024, le secteur du site de Tell es-Sakan a été ciblé et largement détruit par l’armée israélienne (fig. 14).

Sources bibliographiques

  • De Miroschedji Pierre, Sadeq Moain, « Tell es-Sakan, un site du Bronze ancien découvert dans la région de Gaza », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 144, n° 1, 2000, p. 123-144.
  • De Miroschedji Pierre, Sadek Moain, « Gaza et l’Égypte de l’époque prédynastique à l’Ancien Empire : premiers résultats des fouilles de Tell es-Sakan », Bulletin de la Société française d’égyptologie, 152, 2001, p. 28-52.
  • De Miroschedji Pierre, Sadeq Moain, Faltings Dina, Boulez Virginie, Naggiar-Moliner Laurence, Sykes Naomi, Tengberg Margareta, « Les fouilles de Tell es-Sakan (Gaza) : nouvelles données sur les contacts égypto-cananéens aux IVe-IIIe millénaires », Paléorient, vol. 27, n° 2, 2001, p. 75-104.
  • De Miroschedji Pierre, Sadeq Moain, « The frontier of Egypt in the Early Bronze Age: preliminary soundings at Tell es-Sakan (Gaza Strip) », dans J. Clarke (ed.), Archaeological Perspectives on the Transmission and Transformation of Culture in the Eastern Mediterranean, Oxford, 2005, p. 155-169.
  • De Miroschedji Pierre, Sadeq Moain, « Tell es-Sakan, site archéologique », Encyclopædia Universalis.
  • Hawari Mahmoud, « Israel Destroys Palestinan Cultural Heritage Sites in Gaza », Institute for Palestine Studies, 28 février 2024.
  • Taha Hamdan, « Destruction of Cultural Heritage in Gaza », Institute for Palestine Studies, 30 janvier 2024.

Sources iconographiques avant le 7 octobre 2023

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Fig. 1. Vue du site de Tell es-Sakan en direction du sud-est (Miroschedji et al. 2001, fig. 2).

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Fig. 2. Vue du site de Tell es-Sakan en direction du sud-ouest (Miroschedji et Sadek 2001, fig. 2).

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Fig. 3. Vue du site de Tell es-Sakan en 2017. © Wikipedia, « موقع تل السكن الأثري » par عصام محمد علي عدوان.

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Fig. 4. Plan topographique du site de Tell es-Sakan (crédits : Encyclopædia Universalis France, Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan ; Miroschedji et Sadeq 2004, fig. 1).

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Fig. 5. Vue générale des chantiers de Tell es-Sakan, vers le sud-est (crédits : Encyclopædia Universalis France, Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan ; Miroschedji et Sadeq 2004, fig. 3).

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Fig. 6. Vue des fortifications au chantier A : les murailles A et B de l’établissement égyptien (fin du 4e millénaire) et la muraille C de la ville cananéenne du Bronze ancien III (milieu du 3e millénaire) (crédits : Encyclopædia Universalis France, Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan ; Miroschedji et Sadeq 2004, fig. 4).

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Fig. 7. Vue du chantier B de Tell es-Sakan (crédits : Encyclopædia Universalis France, Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan ; Miroschedji et Sadeq 2004, fig. 7).

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Fig. 8. Vue du chantier C (niveau 4) de Tell es Sakan (crédits : Encyclopædia Universalis France, Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan ; Miroschedji et Sadeq 2004, fig. 6).

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Fig. 9. Relevé de la coupe nord-ouest de la tranchée 1 de Tell es-Sakan (crédits : Encyclopædia Universalis France, Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan ; Miroschedji et Sadeq 2004, fig. 2).

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Fig. 10. Planche de céramique égyptienne du chantier A de Tell es-Sakan (Miroschedji et al. 2001, fig. 11).

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Fig. 11. Planche de céramique cananéenne du chantier A de Tell es-Sakan (Miroschedji et al. 2001, fig. 12).

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Fig. 12. Mobilier archéologique égyptien (niveaux 9-6) du chantier A de Tell es Sakan (crédits : Encyclopædia Universalis France, Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan ; Miroschedji et Sadeq 2004, fig. 5).

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Fig. 13. Mobilier archéologique cananéen (niveaux 4 et 1) daté du Bronze ancien III, des chantiers C et B de Tell es-Sakan (crédits : Encyclopædia Universalis France, Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan ; Miroschedji et Sadeq 2004, fig. 8).

Sources iconographiques après le 7 octobre 2023

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Fig. 14. Vue satellite Google Earth du site de Tell es-Sakan. © Google Earth, Image Airbus en date du 07/07/2025.

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