- Arabe : المستشفى الأهلي العربي
- Translittération : Mustashfā al-al-ahlī ʿarabi
- Autres dénominations : Hôpital baptiste de Gaza (1954-1978), Church Missionary Society Hospital in Gaza (1882-1954)
Localisation
L’hôpital est situé dans la vieille ville de Gaza, dans le quartier d’al-Daraj, sur la rue du marché d’al-Zawiya, à l’est de la place de Palestine.
Coordonnées (WGS84) : 31°30’17.4″N, 34°27’41.2″E

Localisation de l’Hôpital al-Ahlī ʿArabī (Image satellite du 01/11/2023 – ESRI World Imagery).
Localiser le site n°66 sur la carte interactive.
Description du site avant le 7 octobre 2023
Historique
Fondée à Londres en 1799, la Church Mission Society (CMS) avait pour mission d’œuvrer pour la diffusion du christianisme anglican de par le monde et en particulier dans les nouveaux territoires impériaux britanniques. La CMS arrive à Jérusalem en 1851, dix ans après la fondation de l’évêché anglican et commence à installer des missions dans la région (Naplouse, Salt, Jérusalem, Nazareth, Jaffa, Haïfa). En 1881, la CMS récupère deux écoles anglicanes (filles et garçons) installées dix ans plus tôt et y ajoute une bibliothèque et un dispensaire. En 1882, l’ensemble est transformé en hôpital.
Le projet de la CMS est non seulement de prodiguer des soins et de faire du prosélytisme ; les patients doivent alors écouter quelques versets en échange de soins ou de médicaments. Malgré ou grâce à l’occupation britannique de l’Égypte la même année, les relations sont cordiales avec le gouverneur ottoman jusqu’à obtenir en 1896 sa reconnaissance officielle. Cela profite au dispensaire dont la réputation s’étend bien au-delà de la seule ville de Gaza. Néanmoins l’empressement à construire un deuxième étage pour des patients toujours plus nombreux provoque son effondrement. Malgré cet accident, le soutien à l’institution est confirmé et un nouveau bâtiment est inauguré en 1908.
Le 1er novembre 1914, deux mois après l’Europe, les hostilités commencent entre l’Empire ottoman et les Britanniques. Gaza sert alors pendant près de deux années de base arrière à l’armée ottomane pour ses opérations vers le canal de Suez. Si le directeur comme plusieurs missionnaires de la CMS sont arrêtés et quittent par la suite Gaza, l’hôpital continue à fonctionner. La population subit la conscription, souffre de la pénurie générale, mais la ville est épargnée par les combats jusqu’en mars 1917. Est alors déclenchée par l’armée britannique la première des trois offensives finalement nécessaires pour s’emparer de ce verrou sur la route de Jérusalem. Huit mois plus tard la ville est conquise mais en ruine, elle a perdu plus de la moitié de sa population et les terres agricoles alentours sont dévastées. L’hôpital, comme de nombreux autres sites de la ville, est très lourdement endommagé. D’abord par son utilisation par les troupes ottomanes pour renforcer ses lignes de défense puis par les bombardements britanniques et les combats. L’étage supérieur a quasiment disparu, il ne reste rien des équipements ni des archives, y compris celles des actes de propriété foncière et des permis de construire, ce qui s’est traduit bien des années plus tard par de nombreux litiges et de coûteuses batailles juridiques.
L’ampleur des destructions rendent d’abord impossible une reprise des activités sur le site. Une antenne est alors installée dans le village de Mejdel situé au nord de Gaza, puis à nouveau sur le site originel, dans l’église de la Mission. Ce n’est qu’en 1922, alors que la SDN accorde au Royaume-Uni le mandat sur la Palestine, que l’hôpital est intégré dans le plan général de reconstruction de la ville. Il retrouve progressivement une pleine activité et une école d’infirmière est créée en 1923. Cependant la méfiance de la population musulmane de la ville reste forte face au prosélytisme de l’institution et un premier appel au boycott est lancé en 1932. Avec la révolte arabe de 1937 les missionnaires quittent progressivement Gaza et sont remplacés par des Palestiniens, y compris le directeur, pour la première fois un médecin palestinien le Dr Waheed.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec la fin du mandat britannique et la création de l’État d’Israël, l’hôpital perd ses financements britanniques et se trouve isolé des autres centres de la Mission tous fermés en Israël. La Church Mission Society décide de le vendre en 1954 au Foreign Mission Board (FMB) de la Southern Baptist Convention. L’institution évangélique états-unienne s’emploie, cent ans après sa fondation et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à un déploiement sur les cinq continents. C’est désormais sous le nom de Gaza Baptist Hospital que les activités se poursuivent pour la population de la ville de Gaza et des villages environnants, mais aussi des 200 000 réfugiés palestiniens chassés du nouvel État.
Alors que la bande de Gaza passe sous administration égyptienne pour une dizaine d’années (1954-1967), c’est le nouvel office dédié des Nations unies, l’UNRWA, qui s’occupe de la prise en charge sanitaire des nouveaux venus, alors que le FMB assure le fonctionnement de l’institution, sans jamais perdre de vue la dimension missionnaire. Celle-ci s’avère néanmoins réduite par les mesures restrictives des autorités égyptiennes qui interdisent aux musulmans par exemple de fréquenter les cours de catéchisme. Avec la crise de Suez, à la brève occupation militaire israélienne (juillet 1956-mars 1957) succède l’arrivée des troupes de la Force d’urgence des Nations unies (FUNU-UNEF). Avec le rétablissement de la souveraineté égyptienne, le président Nasser visite l’hôpital en 1958 et garantit la protection de l’hôpital baptiste. Le prosélytisme des missionnaires, tantôt tolérés, tantôt menacés d’expulsion, génère néanmoins des tensions persistantes. Quoi qu’il en soit, le rôle de l’hôpital ne faiblit pas et l’on dénombre 25 000 patients en déambulatoire pour la seule année 1962.
Le 5 juin 1967 quand l’armée israélienne envahit la bande de Gaza, plusieurs tirs atteignent et endommagent l’hôpital où plusieurs centaines de civils avaient cherché protection. Sous ce nouveau régime d’occupation, les incertitudes quant à la propriété foncière du site se multiplient : conflits entre microproprétaires héritiers du waqf, missionnaires détenteurs de certaines parcelles et riches familles gazaouis, telle celle des al-Shawa. La mise en place progressive de la juridiction militaire israélienne garantit, aux dépens des Palestiniens, la pérennité de l’emprise missionnaire pour plusieurs années et l’investissement dans des travaux de rénovation et d’extension : rehaussement d’un étage, ouverture d’un service de physiothérapie, déménagement de l’école d’infirmières, fondation d’une bibliothèque de prêt de « littérature chrétienne ». En 1973, l’hôpital est retiré à la Mission baptiste arabe (Gaza, Liban, Jordanie) pour être désormais rattaché à la Convention baptiste d’Israël. Mais le prosélytisme baptiste et les liens avec l’autorité occupante attisent les tensions avec la résistance palestinienne d’une part, et conduisent, d’autre part, l’UNRWA à réduire son soutien financier à l’hôpital.
En 1978, le Foreign Mission Board décide de se retirer de Gaza, pour échapper à la double pression de l’armée israélienne d’un côté et des Frères musulmans de l’autre ; c’est finalement le diocèse anglican de Jérusalem qui en récupère la charge. Il met fin aux activités missionnaires et prosélytes de l’établissement désormais dénommé al-Al-ahlī Arab hospital [L’hôpital du peuple arabe]. Grâce à un financement conjoint du diocèse de Jérusalem et de l’UNRWA, l’hôpital poursuit ses activités et un nouveau bâtiment est construit en 2018.
Description du site après le 7 octobre 2023
Dès le 7 octobre 2023 et les bombardements menés par l’aviation israélienne sur Gaza, de nombreux habitants viennent se mettre à l’abri dans le vaste complexe hospitalier situé légèrement au sud du centre-ville de Gaza dans le quartier d’al Zaytoun. Le 17 octobre 2023 une violente explosion frappe la cour centrale de l’hôpital tuant 471 personnes et blessant 314 selon le ministère de la Santé de Gaza. Le nombre de victimes comme l’origine de l’explosion, bombe israélienne ou roquette ont fait l’objet d’intenses discussions et polémiques.
Le documentaire réalisé par l’agence britannique Forensic architecture, rattachée à l’université de Londres, présente aussi bien le témoignage du Dr Ghassan Abu Sittah, des images ou des films pris au moment de l’explosion que la restitution des lieux en 3D. Il permet de reconstituer l’explosion de la nuit du 17 octobre tout en faisant découvrir les lieux, en décrivant l’usage de chaque bâtiment – y compris une plaque à la mémoire d’un soldat gallois tombé à Gaza le 26 mars 1917 et inhumé au cimetière militaire de Gaza.
L’hôpital continue néanmoins à fonctionner à un tiers de sa capacité grâce aux panneaux solaires installés sur les toitures jusqu’en juillet 2024 lorsque l’armée israélienne déclare la « zone rouge » et impose sa fermeture malgré le nombre de blessés. Il réouvre peu après malgré les menaces persistantes alentours.
Le 13 avril 2025, « les avions de combat israéliens ont lancé deux missiles sur le bâtiment, le détruisant et causant de graves dommages à la réception et au service des urgences, à la pharmacie et au laboratoire, ainsi qu’à d’autres bâtiments environnants, y compris l’église située dans l’enceinte de l’hôpital »[1].
Sources bibliographiques
- Abu Alkas Dawoud, « Gaza church opens doors to injured and sick as hospitals fill », Reuters, 4 juillet 2024.
- Barnett Carlton Carter, Anglo-American Missionary Medicine in Gaza, 1882-1981, Thesis/Master of Arts, Austin, University of Texas, 2021.
- Baron Beth, The Orphan Scandal. Christian Missionaries and the Rise of the Muslim Brotherhood, Stanford, Stanford University Press, 2014.
- Klein Frederick Auguste, « Mediterranean mission: Palestine », Church Missionary Record, 8(5), 1863, p. 144-151.
- Makdisi Ussama, Artillery of Heaven. American Missionaries and the Failed Conversion of the Middle East, The United States in the World, Ithaca, Cornell University Press, 2008.
- Al-Mughrabi Nidal, « Israeli missiles strike Gaza hospital, patients evacuated », Reuters, 13 avril 2025.
- The Palestinian Centre for Human Rights (PCHR), « Israel Bombs Gaza’s Baptist Hospital, Putting it Out of Service and Leaving Nearly One Million Palestinians with no Lifesaving Healthcare Services », 13 avril 2025.
- Report, Damage and Risk Assessment of Cultural Heritage under Attack in the Gaza Strip, janvier 2025, n° 205, Baptist Hospital, p. 471.
- Schmitt Kenny, “Rubble and Ruin: the CMS Hospital of Gaza in World War I … and Today?” Contemporary Levant, 10(1), 2005, p. 43-56.
Sources vidéo
- Forensic Architecture, « “When it Stopped Being a War”: The Situated Testimony of Dr Ghassan Abu-Sittah », 17 octobre 2024 ; mise à jour le 19 septembre 2025.
Sources iconographiques avant le 7 octobre 2023

Inauguration de l’hôpital de la CMS à Gaza en 1908, 1er avril 1908, dans K. Schmitt, « Rubble and Ruin: the CMS Hospital of Gaza in World War I … and Today? », Contemporary Levant, 10/1, 2005, p. 43-56.

L’hôpital de Gaza en ruine après la Première Guerre mondiale, dans K. Schmitt, « Rubble and Ruin: the CMS Hospital of Gaza in World War I … and Today ? », Contemporary Levant, 10/1, 2005, p. 43-56.

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L’église baptiste en 1958. © Dargan Library, LifeWay Christian Resources, Nashville/TN, cité dans C. C. Barnett, Anglo-American Missionary Medicine in Gaza, 1882-1981, Thesis/Master of Arts, Austin, University of Texas, p. 63.

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Hôpital baptiste de Gaza, sd. © Southern Baptist Historical Library and Archives, Nashville/TN, cité dans C. C. Barnett, Anglo-American Missionary Medicine in Gaza, 1882-1981, Thesis/Master of Arts, Austin, University of Texas, p. 78.
Sources iconographiques après le 7 octobre 2023

Le lendemain matin de l’attaque à la roquette contre l’hôpital Al-Ahlī, le 17 octobre 2023, à Gaza. © AmosTrust/Mohamed Al Masri.

L’hôpital Al-Ahlī de Gaza contraint de cesser ses activités après une frappe aérienne israélienne le 13 avril 2025. © Xinhua.net/Rizek Abdeljawad.

Photographie prise le 3 mai 2026. © Wael Shehab.

Photographie prise le 3 mai 2026. © Wael Shehab.

L’église baptiste, 3 mai 2026. © Wael Shehab.
[1] Nidal Al-Mughrabi, « Israeli missiles strike Gaza hospital, patients evacuated », Reuters, 13 avril 2025.
Gaza Histoire vous propose de citer ce billet de la manière suivante :

