- Translittération : Maqām Abū l-ʿAzm
- Arabe : مقام أبو العزم
- Autres dénominations : Masjid ou Zāwiya Abū l-ʿAzm, Maqām Shamsūn al-Jabbār (Samson le colosse)
Localisation
Le tombeau de Samson ou Maqām Abū al-ʿAzm est situé dans le quartier al-Daraj, à la limite du quartier d’al-Shajaʿiyya, à l’est du Palais du Pacha.
Coordonnées (WGS84) : 31°30’11.1″N , 34°28’01.7″E

Localisation du Maqām Abū al-ʿAzm (Image satellite du 01/11/2023 – ESRI World Imagery).
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Description du site avant le 7 octobre 2023
Ce petit monument, adossé à un édifice moderne, a été fondé au début du XVIe siècle, mais fut entièrement reconstruit au XXe siècle. Surmonté d’une coupole conique dont le tambour est percé de fenêtres, il abritait jusqu’en octobre 2023 le tombeau d’un cheikh soufi maghrébin du nom de Muḥammad Abū l-ʿAzm Shams al-Dīn ayant vécu à Gaza au début du IXe de l’hégire (XVIe siècle de notre ère). Sur l’un des côtés du sarcophage et sur une dalle au-dessus figurent deux inscriptions à l’encre noire qui mentionnent son nom (fig. 3 et 4). Cette pièce funéraire faisait à l’origine partie d’un monument plus vaste qui comprenait d’après ʿU. al-Ṭabbāʿ et M. Sharon une cour sur laquelle ouvraient deux iwans[1].
Une autre inscription placée au-dessus de la porte indiquait que l’édifice fut fondé en 690/1291 et qu’une terre (arḍ) lui fut affectée en bien waqf pour son entretien[2]. M. van Berchem signalait toutefois que cette inscription avait été déplacée dans ce lieu, au milieu du XIXe siècle, lors de réparations de l’édifice[3]. Cette date est pourtant souvent reprise, à tort, pour dater le monument d’origine.
D’après ʿU. al-Ṭabbāʿ, une autre inscription avait été retrouvée sur ce même lieu indiquant que la fondation (inshāʿ) de l’édifice désigné sous le terme de « mosquée » (masjid) fut l’œuvre de Qansūh al-Ashrafī, mamluk du sultan al-Ashraf Qansūh al-Ghawrī (r. 1501-1517), nommé gouverneur de Gaza au mois de ṣafar 908/6 août-4 septembre 1502[4]. Cette inscription a été déplacée, peut-être après la Première Guerre mondiale, pour servir de linteau dans le mur extérieur d’une pièce située à l’entrée ouest de la mosquée al-ʿUmarī[5].
Plus tard, l’édifice fut utilisé comme école coranique pour les enfants, et ʿU. al-Ṭabbāʿ lui-même l’a fréquentée vers l’âge de 10-11 ans (en 1892-1893). Fortement endommagés en 1917, lors de la Première Guerre mondiale, son iwan, ainsi que sa porte et la fontaine attenante, furent démolis par la municipalité pour élargir la rue adjacente. Du monument, il ne subsista alors que la petite pièce abritant le tombeau.
Il est difficile de dater l’époque à partir de laquelle ce tombeau fut identifié par certains habitants de Gaza au tombeau de Samson. Le mythe biblique de Samson, bien connu, traduit les affrontements récurrents entre les Philistins de Gaza et les tribus juives de l’intérieur, au début du premier millénaire avant J.-C. Le juif Samson serait mort à Gaza sous les ruines du temple de Dagon qu’il fit tomber sur lui et sur le banquet des Philistins (Juges, 16:23-30). Samson n’est mentionné ni dans le Coran ni dans les hadiths authentifiés, mais les musulmans, exégètes du Coran en particulier, comme al-Ṭabarī (Xe siècle), se réapproprièrent cette figure biblique au Moyen Âge, avec quelques modifications par rapport à la tradition juive et chrétienne : ainsi par exemple, le temple qui s’écroule est remplacé par un minaret et Samson ne meurt pas à la fin de l’histoire. Il recouvre au contraire la vue et l’intégrité de son corps.
Dès la fin du XIXe siècle, M. van Berchem, cité par M. Sharon, mentionne un lieu à Gaza appelé « Shamsūn al-Jabbār » sans toutefois le situer sur le lieu du tombeau d’Abū l-ʿAzm, alors que ʿĀ. al-ʿĀrif et ʿU. al-Ṭabbāʿ écrivent, dans les années 1940, que les habitants de la ville appellent Samson « Abū l-ʿAzm » et confondent donc ces deux personnages[6].
Le Maqām est de nos jours propriété du ministère des Waqfs et Affaires religieuses.
Description du site après le 7 octobre 2023
L’édifice a été en grande partie détruit par les bombardements de l’armée israélienne entre octobre 2023 et janvier 2025. Les dommages sont estimés de sévères à modérés par le Report Damage and risk assessment of cultural heritage under attack in the Gaza Strip, janvier 2025, p. 129-130.
Sources bibliographiques
- al-ʿĀrif ʿĀrif, Taʾrīkh Ghazza, Jérusalem, 1943, p. 354.
- Kalus Ludvik, Bauden Frédéric, Soudan Frédérique, Thesaurus d’épigraphie islamique, en libre accès en ligne depuis 2011 et toujours en cours, fiche n° 10478.
- al-Mubayyid S. ʿA., al-Bināyāt al-athāriyya al-islāmiyya fī Ghazza wa qiṭā‘i-hā, Le Caire, 1995, p. 114.
- Report Damage and risk assessment of cultural heritage under attack in the Gaza Strip, janvier 2025, p. 129-130.
- Sadek Mohamed Moain, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, coll. Islamkundliche Untersuchungen, 1991, p. 102, n° 15.
- Sharon Moshe, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, Leiden-Boston, 2009, IV, p. 69-70, 178, fig. 60.
- al-Ṭabbāʿ ʿUthmān, Itḥāf al-a‘izza fī tāʾrīkh Ghazza, Gazza, 1950, II, p. 170-174, III, p. 413.
Sources iconographiques avant le 7 octobre 2023

Fig. 1. Maqām Abū l-ʿAzm, avant destruction, dans Report Damage and risk assessment of cultural heritage under attack in the Gaza Strip, janvier 2025, p. 129-130.

Fig. 2. Extérieur de l’édifice (Reportage BBC News (2011)

Fig. 3. Inscription en arabe sur l’un des côtés du sarcophage : « Ceci est le tombeau (maqām) du cheikh Muḥammad Abū l-ʿAzm » (Reportage BBC News (2011)).

Fig. 4. Le sarcophage à l’intérieur de l’édifice (Reportage al-Waṭan Voice (2017)).

Fig. 5. L’intérieur de la coupole (Reportage al-Waṭan Voice (2017)).

Fig. 6. Inscription de fondation du Maqām, datée de 908/1502, déplacée dans la mosquée al-ʿUmarī, dans Thesaurus d’épigraphie arabe.
Sources iconographiques après le 7 octobre 2023

Fig. 7. Le Maqām après destruction par l’armée israélienne. Report Damage and risk assessment of cultural heritage under attack in the Gaza Strip, janvier 2025, p. 129-130.
Sources vidéo
Reportage BBC News (2011) : La légende du tombeau de Samson
Reportage al-Waṭan Voice (2017)
[1] Terme architectural désignant une pièce voûtée fermée sur trois côtés et entièrement ouverte sur le quatrième.
[2] M. Sharon, Corpus, IV, p. 69-70 et photo d’al-Mubayyiḍ dans le Thesaurus d’épigraphie islamique. Al-Ṭabbāʿ avait lu, à tort, la date de 670/1271.
[3] Cité par M. Sharon, Corpus, 2009, IV, p. 69-70.
[4] M. Sharon, Corpus, op. cit., IV, 39, 69-70, 178 ; Thesaurus d’épigraphie islamique, fiche n° 10478.
[5] Thesaurus d’épigraphie islamique, fiche n° 10478. M. M. Sadek (Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, 1991, p. 102, n° 15) reproduit le texte de cette inscription dans son chapitre sur les inscriptions de la mosquée al-ʿUmarī sans préciser, toutefois, qu’elle appartenait au Maqām d’Abū l-ʿAzm.
[6] ‘U. al-Ṭabbāʿ, Itḥāf al-a‘izza fī tāʾrīkh Ghazza, Gazza, 1950, I, p. 98 ; ʿĀ. al-ʿĀrif, Taʾrīkh Ghazza, Jérusalem, 1943, p. 354.
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