Mosquée al-ʿUmarī de Gaza

Publié le 28 mai 2025 — Mis à jour le 24 septembre 2026
  • Arabe :المسجد العمري الكبير
  • Translittération : al-Masjid al-ʿUmarī al-kabīr
  • Autres dénominations : Mosquée ʿUmarī

Localisation

La Grande Mosquée est située dans le quartier al-Daraj, au cœur de la vieille ville de Gaza.

Coordonnées (WGS84) : 31°30’15.5″N , 34°27’52.7″E

mosquée al ʿumarī de gaza 2023

Localisation de la Mosquée al-ʿUmarī de Gaza (Image satellite du 01/11/2023 – ESRI World Imagery).

Localiser le site n°24 sur la carte interactive.

Description du site avant le 7 octobre 2023

L’édifice (66,50 x 65,50 m sans compter la cour et ses dépendances) se trouve au cœur de la vieille ville, dont l’emprise doit correspondre à celle de la ville antique si l’on admet que le rempart encore partiellement visible au XIXe siècle est le rempart antique. Il se situe plus précisément dans le quartier al-Daraj réputé correspondre à la partie la plus anciennement occupée du site[1].

Après la conquête de Gaza par les armées musulmanes, en 635, un lieu de culte, dont on ignore tout, fut très probablement construit. Al-Muqaddasī, originaire de Jérusalem, est le premier auteur arabe à signaler, au Xe siècle, une « belle grande mosquée » à Gaza[2], mais aucune trace de cet édifice ne nous est parvenue.

Lorsque les croisés occupèrent la Palestine en 1099-1100, ils trouvèrent une ville qui ne s’était pas relevée des destructions que lui avait infligées un émir turcoman de Damas, une vingtaine d’années auparavant. En 1149, les Francs du royaume de Jérusalem décidèrent de la relever de ses ruines et y édifièrent une église avec de nombreux matériaux de réemploi d’époque antique et byzantine[3] dont une colonne portant une inscription commémorative bilingue grec-hébreu et un chandelier à sept branches[4]. L’église aurait été dédiée à Jean-Baptiste, mais aucun élément ne permet de le confirmer. Les hypothèses selon lesquelles elle aurait été construite à l’emplacement d’une église désignée comme l’Eudoxianè, édifiée au début du Ve siècle, sur le site du sanctuaire de Zeus Marnas, divinité tutélaire de la cité – voire serait identifiable à cette église – ne peuvent être confirmées en l’état actuel des connaissances[5]. S’il est vrai que la construction de l’édifice actuel a certainement eu lieu sur un terrain déjà occupé par des bâtiments qu’il a donc fallu détruire, on ne sait rien de son histoire architecturale avant la période des croisades.

La transformation de l’église en mosquée n’a affecté que partiellement son architecture. La conversion de l’édifice intervint probablement quelque temps après la reprise de la ville, en 1187, par Saladin, fondateur de la dynastie ayyoubide. Aucune source textuelle ou épigraphique ne le confirme, mais le fait que la ville ait fait partie, durant toute la première moitié du XIIIe siècle, des possessions des princes ayyoubides et que des monnaies d’argent furent frappées à Gaza[6] au nom du sultan al-Kāmil (1218-1238), laisse penser qu’une mosquée existait bien dans cette ville, probablement installée dans l’ancienne église, comme cela fut, en général, le cas dans les autres villes reconquises de la région.

Les premières traces de l’occupation du monument par les musulmans se situent à l’époque des sultans mamelouks qui prirent le pouvoir en Égypte en 1250 et en Syrie-Palestine en 1260. De nombreuses opérations de restauration ou de modifications de la mosquée al-ʿUmarī sont, en effet, signalées, de la fin du XIIIe à la fin du XVIIIe siècle, par des inscriptions qui permettent de les dater[7]. Sous les mamelouks, la mosquée fut agrandie vers le sud et l’est et un minaret fut construit, en 1298, à son emplacement actuel, au-dessus de l’entrée est. Les Ottomans étendirent ensuite la mosquée vers le nord en construisant la cour et les locaux qui la bordent. En 1788, un tremblement de terre détruisit le minaret qui fut aussitôt reconstruit. En 1917, lors des bombardements britanniques sur Gaza, la mosquée fut gravement endommagée et le minaret détruit ; ils furent reconstruits entre 1923 et 1931. La mosquée subit à nouveau des dommages lors de bombardements israéliens, en 2014, puis fut restaurée, en 2016, avec le soutien du Qatar[8].

La mosquée possédait aussi, depuis le XIIIe siècle, une bibliothèque riche en manuscrits arabes et plus tard ottomans dont une partie se retrouva au Caire, à Paris ou à Berlin après la brève occupation de Gaza par Napoléon Bonaparte, en 1799. Détruite en 1917, la bibliothèque fut refondée, quelques années plus tard, sous la directiondu directeur des waqfs, ʿUthmān Muṣṭafā al-Ṭabbāʿ[9]. Depuis 2018, le fonds des manuscrits était hébergé par le Département des manuscrits et des antiquités de Gaza dont le siège se trouvait dans le Dôme al-Saʿāda , en face du Palais du Pacha. Quelque 211 manuscrits ont été numérisés en 2022 par la Hill Museum & Manuscript Library (HiMML) en collaboration avec the Endangered Archives Programme (EAP) de la British Library[10].

Description du site depuis le 7 octobre 2023

D’après le premier inventaire de l’ICOMOS, à la date du 19 novembre 2023 (p. 1), le minaret de la mosquée avait souffert de dommages à la suite de bombardements (p. 12) : l’édifice aurait été visé deux fois en octobre 2023 (rapport ICOMOS n° 2, p. 5). La photographie qui accompagne le texte montre le minaret encore debout, mais dégradé.  Un second bombardement, intervenu le 4 décembre, a abouti à la destruction partielle de l’édifice (https://palestine.icomos.org/reposts/).

Sources bibliographiques

  • Ameling Walter, Cotton Hanna M., Eck Werner et alii, Corpus inscriptionum Iudaeae-Palaestinae, volume III. South Coast : 2161-2648. A Multi-Lingual Corpus of the Inscriptions from Alexander to Muhammad, Berlin/Boston, De Gruyter, 2014.
  • al-ʿĀrif ʾA., Taʾrīkh Ghazza [History of Gaza], Jérusalem, 1943, p. 329-337.
  • Balog Paul, The Coinage of the Ayyūbids, Londres, 1980.
  • Clermont-Ganneau Charles, Archaeological Researches in Palestine during the Years 1873-1874, II /  With Numerous Illustrations from Drawings Made on the Spot by A. Lecomte du Noüy,  translated by Aubrey Stewart, Londres, 1896.
  • Cytryn Katia, « The West Door of the Great (al-ʿUmarī) Mosque of Ramla and its Late Ottoman Transformation », dans Ramla: City of Muslim Palestine, 715-1917, Studies in History, Archaeology and Architecture, 2021, p. 224-236.
  • Halevy Dotan, « Towards a Palestinian History of Ruins. Interwar Gaza », Journal of Palestine Studies, 48/1 (189), 2018, p. 53-72.
  • al-Muqaddasī, Aḥsān al-taqāsīm fī maʿrifat al-aqālīm [La meilleure répartition pour la connaissance des provinces], trad. partielle et annotée A. Miquel, Damas, 1963.
  • Osheroff Eli, Halevy Dotan, « Destruction as Layered Event. Twentieth Century Ruins in the Great Mosque of Gaza », International Journal of Islamic Architecture, 8/1, 2019, p. 45-69.
  • Pringle Denys, The Churches of the Crusader Kingdom of Jerusalem. A Corpus, Cambridge, Cambridge University Press, 1993.
  • Sadek Mohamed-Moain, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991.
  • Sharon Moshe, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, vol. 4 : – G, Leyde, Brill, 2009.
  • Pour un dossier iconographique, depuis le XVIe siècle, voir : https://www.nytimes.com/interactive/2024/05/28/arts/gaza-ʿUmarī -mosque.html

Sources iconographiques avant le 7 octobre 2023

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Fig. 1. Plan de la mosquée : en noir, l’église croisée ; en gris foncé, l’extension mamelouke, dans C. Clermont-Ganneau, Archaeological Researches in Palestine, II, p. 384. © Wikimedia Commons.

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Fig. 2. La mosquée entre 1867 et 1899.
©Maison Bonfils Photographer, Wikimedia Commons.

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Fig. 3. Façade nord de la mosquée après les bombardements britanniques de 1917.
©K. A. C. Creswell, Wikimedia Commons.

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Fig. 4. La cour et le minaret de la grande mosquée en 2021.
©Wikimedia Commons/ Mounir Kleibo.

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Fig. 5. Bas-relief (aujourd’hui détruit) sur une colonne réutilisée dans l’ancienne église croisée, représentant une menorah et indiquant en hébreu et en grec : « Hanania(s) fils de Jacob » (IIIe-Ve s ?), dans Charles Clermont-Ganneau, Archaeological researches in Palestine, II, p. 392. © Wikimedia Commons.

Sources iconographiques après le 7 octobre 2023

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Fig. 6. La Grande Mosquée al-ʿUmarī. © Fadel Al-Utol, février 2025.

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Fig. 7. La Grande Mosquée al-ʿUmarī. © Fadel Al-Utol, février 2025.

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Fig. 8. La Grande Mosquée al-ʿUmarī. © Fadel Al-Utol, février 2025.

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Fig. 9. La Grande Mosquée al-ʿUmarī. © Fadel Al-Utol, février 2025.

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Fig. 10. La Grande Mosquée al-ʿUmarī. © Fadel Al-Utol, février 2025.

Sources vidéo

Reportage sur la chaîne Al Jazeera sur l’état de destruction de la mosquée en décembre 2023 (consulté le 2 février 2025).

Un reportage de la télévision al-Jazeera sur la destruction de la Qubbat al-Sa’âda (Dôme al-Sa’âda) où étaient conservés les manuscrits de cette même mosquée et la façon dont les Gazaouis tentent de récupérer les manuscrits sous les décombres, 6 mars 2025.


[1] Histoire et description détaillée de la mosquée dans M.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, p. 49-104.

[2] al-Muqaddasī, Aḥsān al-taqāsīm fī maʿrifat al-aqālīm, Damas, 1963, p. 203.

[3] C. Clermont-Ganneau, Archaeological Researches in Palestine during the Years 1873-1874…, Londres, 1896, p. 389, 397.

[4] A. Ameling et al., Corpus inscriptionum Iudaeae-Palaestinae, volume III…, Berlin/Boston, De Gruyter, 2014,III, 2464 ; E. Osheroff, D. Halevy, « Destruction as Layered Event. Twentieth Century Ruins in the Great Mosque of Gaza », International Journal of Islamic Architecture, 8/1, 2019, p. 55-63.

[5] D. Pringle, The Churches of the Crusader Kingdom of Jerusalem. A Corpus, Cambridge University Press, 1993, p. 208-209.

[6]  P. Balog, The Coinage of the Ayyūbids, Londres, 1980, p. 469-473.

[7] M. Sharon, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, vol. 4 : – G, Leyde, Brill, 2009, p. 13, 19-20.

[8] https://palsawa.com/post/86352 consulté le 12-02-2025.

[9] Al-Ṭabbāʿ,  Itḥāf al-aʿizza fī taʾrīkh Ghazza, Gaza, Maktabat al-Yāzijī, 1950, I, p. 113, 116-126 ; D. Halevy, « Towards a Palestinian History of Ruins. Interwar Gaza », Journal of Palestine Studies, 48/1 (189), 2018, p. 55-56.

[10] https://hmml.org/stories/where-were-working-gaza/

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