Madrasa Birdībakīyya

Publié le 28 mai 2026 — Mis à jour le 9 octobre 2026
  • Translittération : Masjid al-Maḥkama al-Birdībakīyya
  • Arabe : مسجد المحكمة البردبكية
  • Autres dénominations :Madrasa Bardbakiyya, Jāmiʿ al-Maḥkama, Mosquée du Tribunal, Mosquée al-Maḥkama

Localisation

Située dans le quartier al-Shajāʿiyya, au nord-est de la rue de Bagdad, bordée au nord et à l’ouest par la rue du Tribunal (shāriʿ al-Maḥkama) et d’habitations au sud et à l’est. La route qui mène à Biʾr al-Sabʿ (act. Beer Sheba) se trouve au sud de l’édifice.

Coordonnées (WGS84) : 31°30’06.9″N, 34°28’08.6″E

madrasa birdibakiyya 2023

Localisation de la Madrasa Birdībakīyya (Image satellite du 01/11/2023 – ESRI World Imagery).

Localiser le site n°05 sur la carte interactive.

Description du site avant le 7 octobre 2023

Il s’agit d’une ancienne madrasa, fondée par l’émir mamelouk Birdibak al-Dāwadār au milieu du IXe/XVe siècle. L’historien al-Ṭabbāʿ, au milieu du XXe siècle, indique qu’elle servit de tribunal, mais ne précise pas à quelle époque. Elle est aujourd’hui connue sous le nom de mosquée du Tribunal (Masjid ou Jāmiʿ al-Maḥkama). En 1938, sous le mandat britannique, le bâtiment abritait une école pour garçons appartenant au ministère de l’Éducation et portait le nom de madrasa al-Shajāʿiyya al-Amīriyya (madrasa émirale d’al-Shajāʿiyya). M. Sadek[1] note que la mosquée était utilisée pour les cinq prières quotidiennes, les prières collectives du vendredi et lors des deux grandes fêtes musulmanes (fête de la Rupture du jeûne et fête du Sacrifice).

La façade nord porte une inscription datant de la fondation du mois de dhū l-ḥijja 859/novembre 1455, sous le règne du sultan al-Malik al-Ashraf Sayf al-Dīn Īnāl (r. 1453-1461). Son fondateur, Birdibak, Burdibak ou Bardbak (m. 868/1464), était un mamelouk du sultan Īnāl qui l’avait acheté après la conquête de Chypre, en 1425, puis l’avait affranchi et lui avait fait épouser sa fille. Birdibak effectua sa carrière en tant qu’intendant (Khāzindār), émir de 10, c’est-à-dire commandant de dix hommes, puis en tant que porte-encrier (Dāwadār) l’une des fonctions les plus importantes, à cette époque, du sultanat. Connu pour son immense fortune et sa grande générosité, il fonda plusieurs mosquées à Damas, à Gaza et à Qanāṭir al-Sibāʿ (ponts des Lions) au sud-ouest du Caire.

L’état du bâtiment d’après le plan réalisé par Mohamed-Moain Sadek[2] (figure 1 ci-dessous)

En 1991, seules les ailes nord et est de la madrasa d’origine avaient survécu. Les ailes sud et ouest avaient été remplacées par une extension moderne (fig. 10-11) Le portail d’entrée se trouvait sur la façade nord (n° 13 du plan) et permettait d’accéder à la cour centrale par un hall d’entrée (n° 1). Le bâtiment était organisé autour de cette cour centrale (n° 2). Au nord, se trouvaient trois cellules pour les étudiants et leur professeur (nos 8, 9, 10). La façade est de la cour laissait voir l’arc brisé de l’iwan[3]dont l’ouverture avait été fermée à une époque non précisée pour y aménager une salle de prière. À l’intérieur, l’iwan était recouvert d’une voûte d’arêtes croisées (n° 4). Dans le mur de qibla indiquant la direction de la prière, se trouvait la niche de prière (miḥrāb). Les bords latéraux de cette niche étaient flanqués de deux colonnes en marbre. La niche elle-même mesurait 1,20 m de large, 0,60 m de profondeur et 2,80 m de haut. À droite du miḥrāb se trouvait une chaire (minbār) en bois. De part et d’autre de la partie centrale de la salle de prière s’ouvraient deux iwans secondaires (nos 5 et 6).

D’après M. Sadek, il est probable qu’une rangée de cellules se trouvait à l’origine sur la façade sud de la cour tandis qu’un deuxième iwan devait occuper une partie de la façade ouest, selon un plan couramment employé dans les madrasas ayyoubides et mameloukes de Syrie et d’Égypte.

Dans l’angle sud-ouest de la cour, un escalier menait au minaret (n° 11) qui s’élevait à environ 19 mètres. Son fût de forme octogonale, son balcon soutenu par une rangée de muqarnas[4], ainsi que le décor floral et géométrique de ses ouvertures rappelaient fortement l’architecture et le décor ayyoubide et mamelouk de Syrie et d’Égypte.

Dans l’angle nord-ouest de la cour, au pied de l’escalier se trouvait une tombe en marbre de 1,80 m de long, 0,95 m de large et 0,60 m de haut, comportant une inscription funéraire au nom d’un jeune homme, nommé Muḥammad, datée de 812/1409, soit 46 ans avant la fondation de la madrasa. Cela signifie soit que cette tombe fut déplacée dans la mosquée/madrasa après sa fondation, soit que la madrasa fut construite autour de cette tombe.

Des photos prises en 2008 et 2014 (fig. 10 et 11) montrent qu’un bâtiment moderne à rayures blanches et noires fut construit entre 1991 (date des photos prises par M. Sadek) et 2008, sur les côtés ouest et sud de l’édifice.

La mosquée fut détruite en 2014 par des bombardements israéliens. Seul le minaret survécut.

En 2020, une mosquée entièrement moderne, construite sous la direction du ministère des Waqfs, fut inaugurée, non sans susciter quelques polémiques en raison du non-respect de son architecture historique (fig. 13). Hiyām al-Biṭār, chercheuse au ministère du Tourisme et des Antiquités, n’a pas hésité à qualifier cette nouvelle construction de « crime aux yeux de l’histoire ».

Description du site après le 7 octobre 2023

Bombardée à deux reprises en 2023-2024, la mosquée moderne a été partiellement détruite et le minaret mamelouk, qui avait été restauré après les bombardements de 2014, a été entièrement détruit.

Sources bibliographiques

  • ʿAbd al-Bāsiṭ b. Khalīl al-Malaṭī (m. 1514), al-Rawd al-bāsim fī ḥawādith al-ʿumr wa l-tarājim, Beyrouth, éd. Tadmuri, 2014, vol. 2, p. 341-343.

al-ʿĀrif ʿĀrif, Taʾrīkh Ghazza, al-Quds/Jérusalem, Dār al-Aytām, 1943, p. 346.

  • Meinecke Michael, Die mamlukische Architektur in Agypten und Syrien, Gluckstadt, Verlag J. J. Augustin GMBH, 1992, 2 vol.
  • Sadek Mohamed-Moain, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, p. 236-255.
  • Sadek Mohamed-Moain, « Gaza durant la période islamique », dans Marc-André Haldimann et al. (dir.), Gaza à la croisée des civilisations. I, contexte archéologique et historique, catalogue de l’exposition, Musée d’art et d’histoire de Genève, 27 avril-7 octobre 2007, Genève, Chaman, 2007, p. 189-211 (notamment p. 208).
  • al-Sakhawī (m. 1497), al-Ḍawʾ al-lāmiʿ li-ahl al-qarn al-tāsiʿ, Beyrouth, Dār maktabat al-ḥayāt, s. d., 6 vol., III, p. 4-6.
  • al-Ṭabbāʿ ʿUthmān, Itḥāf al-aʿizza fī taʾrīkh Ghazza, Gaza, Maktabat al-Yāzijī, 1950, II, p. 142-143.

Sources iconographiques avant le 7 octobre 2023

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Fig. 1. Plan du site, dans M.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, pl. 305.

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Fig. 2. Vue d’ensemble et façade nord, dansM.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, pl. 307 et 308.

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Fig. 3.Façade ouest moderne, dans M.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, pl. 309.

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Fig. 4.Façade est de la cour, arc de l’iwan fermé à une époque indéterminée pour aménager l’entrée de la salle de prière, dans M.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, pl. 314.

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Fig. 5.Façade nord de la cour et base du minaret, dansM.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, pl. 315.

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Fig. 6.Salle de prière : partie centrale avec le minbar et iwan latéral sud, dansM.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, pl. 316.

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Fig. 7. Minaret et façade ouest. M.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, pl. 318 (miḥrāb).

Fig. 8. M.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, pl. 322.

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Fig. 9. Détail du minaret, dans M.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, pl. 328.

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Fig. 10. Madrasa Birdibakiyya en août 2008 : minaret et façade nord. © Photo publiée sur le site d’information arabe Arabi21 dans l’article « قبس من نور أقدم مساجد فلسطين » (Ali Saadeh, 8 août 2020).

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Fig. 11. Madrasa Birdibakiyya détruite en 2014. © Ahmed Abdel-Al, photographe de presse palestinien : https://www.instagram.com/ahmed.m.abdellall

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Fig. 12. Madrasa al-Birdibakiyya après sa destruction en 2014. © Photo Buthaina Eshtewipubliée sur le site Etar.info

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Fig. 13. Le bâtiment moderne et le minaret restauré en novembre 2020. © Photo extraite de l’article « جامع المحكمة الجديد. جريمةٌ بحق ʿالتاريخ’ في غزة » (8 novembre 2020), sur le site Nawa.ps : https://www.nawa.ps/ar/printPost/45381

Sources iconographiques après le 7 octobre 2023

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Fig. 14. Destructions 2023-2024. Rapport Damage and Risk Assessment of Cultural Heritage, janvier 2025, n° 17.

Sources audiovisuelles

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© Reportage de la chaîne de télévision Thaqalayn TV sur la mosquée du Tribunal (mai 2019).

Gaza Histoire vous propose de citer ce billet de la manière suivante :

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