- Arabe : المقبرة الرومانية أو مقبرة أرض المحاربين
- Translittération : al-maqbara al-rūmāniyya aw maqbarat arḍ al-Muḥārbīn
Localisation
Le site se développe à environ 800 m de la mer en limite de la dune côtière, à l’ouest du territoire de la municipalité de Jabaliya, à 5 km au nord du centre historique de Gaza, dans le gouvernorat de Gaza-Nord.
Coordonnées (WGS84) : 31°32’54.8″N, 34°27’58.0″E

Localisation de la Nécropole d’Ard-al-Muḥārbīn (Image satellite du 01/11/2023 – ESRI World Imagery).
Localiser le site n°37 sur la carte interactive.
Description du site avant le 7 octobre 2023
Le site a été découvert fortuitement à la fin du mois de janvier 2022 lors de la mise en chantier d’un complexe d’immeubles d’habitation. À la demande du ministère du Tourisme et des Antiquités de Palestine, dans l’urgence, une opération d’archéologie de sauvetage y a été mise en place par l’équipe d’archéologues d’Intiqal[1].
Sur plus de 3 500 m2, 135 tombes datées de la période romaine entre les Ier et IIIe siècles de notre ère y ont été identifiées. Par sa situation et sa chronologie, la nécropole peut être considérée comme étant vraisemblablement celle du faubourg maritime d’Anthédon-Balakhiya, fouillée par l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF) entre 1995 et 2005.
Il s’agit d’une nécropole qui peut être attribuée à la plèbe. Les sépultures étaient maçonnées (pierres ou briques de terre crue), certaines présentaient une couverture à l’allure pyramidale (blocs disposés en bâtières). L’intérieur de l’une des tombes était couvert d’un enduit rehaussé d’un décor peint de guirlandes de couronnes de feuilles de lauriers de couleur rouge et orangée.
Quelques parvenus, entrepreneurs et riches commerçants, se sont distingués des autres défunts par un sarcophage en plomb pouvant avoir un décor marin (dauphins, murex), champêtre (feuilles et de rinceaux de vigne et grappes de raisin) ou de mascarons d’apparence humaine.
L’anthropologie funéraire des tombes a permis d’identifier la présence d’un mobilier pré et post-inhumation et de renseigner sur les rites qui y étaient associés. Le mobilier funéraire était composé de terre cuite, de verre et de métal. Il provenait du monde méditerranéen et de la Nabatéenne, preuve de la pluralité culturelle et de l’important lieu d’échange qu’était Gaza pendant l’Antiquité.
L’étude bio-anthropologique a caractérisé et identifié, lorsque cela le permettait, le sexe et l’âge des individus étudiés. Elle a indiqué, lorsque cela était possible, leur état sanitaire, leurs infections et les pathologies qui les affectaient. Des traces de trépanations, témoins de l’activité chirurgicale, ont également été observées.
À partir de la fin du IIIe siècle, trois carrières d’argile ont été ouvertes dont une très vaste au nord. Elle porte encore les traces des outils utilisés pour son extraction. Des excavations circulaires tardives montrent que le lieu vraisemblablement abandonné est exploité par des pilleurs. Six sépultures ont été visitées lors de ces vagues de pillages contemporaines des VIIIe et IXe siècles.
La fouille s’est poursuivie jusqu’au 7 octobre 2023 au matin. 135 sépultures y ont été identifiées et la majeure partie d’entre elles a été étudiée.
Description du site après le 7 octobre 2023
Entre octobre 2023 à février 2025, le site a souffert des effets collatéraux des bombardements voisins. Il est aujourd’hui abandonné aux pillages de matériaux liés à la crise humanitaire, érodé par les fortes pluies hivernales et envahi par la végétation. Les locaux de la réserve archéologique installée sur le site ont été totalement détruits par un engin mécanique chenillé (décembre 2023). Les sacs artefacts ont été sauvés en février-mars 2024 mais le local dans lequel ils étaient conservés a été détruit par des tirs d’armes automatiques entraînant le vol des caisses (contenant) fin 2024-début 2025. Les sacs d’artefacts ont été retrouvés à même le sol en février 2025. En mars-avril 2025, un programme de sécurisation du site et de récupération des sacs d’artefact fut organisé.
Les dommages occasionnés sont divers : effondrement de parois de tombe suite aux bombardements à proximité du site ; érosion liée aux fortes pluies hivernales ; développement de la végétation ; pillage de matériaux liés à la crise humanitaire ; destruction de la réserve archéologique du site ; atteinte à l’intégrité des collections archéologiques du site.
Sources bibliographiques
- Elter René, « Gaza, transmission et nouvelles dynamiques de la recherche archéologique : les premiers résultats », Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, Institut de France, 2025 (sous presse) ; voir communication sur : https://www.youtube.com/watch?v=cLVagWLnsp0.
- Elter René, Al-Utol Fadel, « Les lieux de l’archéologie de Gaza, sites indissociables du développement de l’initiative Intiqal », Gaza : comment transmettre le patrimoine, le programme Intiqal, Paris, Riveneuve, 2025, p. 77-121.
- Elter René, « Gaza, à la croisée de l’histoire », Archéologia, n° 635, octobre 2024, p. 46-53.
- Humaid Maram, « Four tombs unearthed at Roman-era cemetery in Gaza », Aljazeera, 25 septembre 2023.
- Nowakowski Teresa, « Roman-Era Cemetery With Over 100 Tombs Unearthed in Gaza », Smithsonian Magazine, 2 août 2023.
Sources iconographiques avant le 7 octobre 2023

Vue sur la tombe n° 1 lors de sa découverte fin janvier 2022, publiée dans Terresainte.net. © DR.

Vue aérienne générale de la nécropole. © F. Harouda/Première urgence internationale (PUI) 2023.

Vue de la nécropole depuis l’ouest le 5 octobre 2023. © R. Elter/PUI 2023.
Sources iconographiques après le 7 octobre 2023

Sauvetage par l’équipe Intiqal des caisses d’artefacts de la nécropole, février 2024. © PUI 2024.

Préservation des vestiges de la nécropole par l’équipe Intiqal, février 2024. © PUI 2024.
Sources vidéo

« Roman-era tombs unearthed at Gaza cemetery site », compte Facebook/Reuters.
« Des archéologues de Gaza découvrent un cimetière romain “complet” », AFP/Dailymotion.
« Archaeologists excavate 2000-year-old Roman cemetery discovered in Gaza », The Independent/Dailymotion.
[1] R. Elter, F. Al-Utol, « Les lieux de l’archéologie de Gaza, sites indissociables du développement de l’initiative Intiqal », Gaza : comment transmettre le patrimoine, le programme Intiqal, Paris, Riveneuve, 2025, p. 77-121.
Gaza Histoire vous propose de citer ce billet de la manière suivante :

