- Arabe : مسجد الشيخ زكريا
- Translittération : Masjid al-shaykh Zakariyā
- Autres dénominations : Jāmiʿ al-shaykh Zakaria
Localisation
La mosquée est située dans la rue al-Waḥda, dans la partie occidentale du quartier al-Daraj, à 250 m au NO de la mosquée du Sayyid Hāshim et à 650 m au NO du Palais du Pacha, à l’extérieur de l’ancien rempart de la ville aujourd’hui disparu.
Coordonnées (WGS84) : 31°30’31.6″N, 34°27’40.0″E

Localisation de la Mosquée Cheikh Zakariyā (Image satellite du 01/11/2023 – ESRI World Imagery).
Localiser le site n°35 sur la carte interactive.
Description du site avant le 7 octobre 2023
Cette mosquée fondée au début du XIVe siècle, sous la dynastie mamelouke, tire son nom d’un cheikh nommé Zakariyā al-Tadmurī (m. 1057), originaire de Tadmur/Palmyre en Syrie. Dans la première moitié du XXe siècle, la mosquée existait encore comme en témoigne la description d’al-Ṭabbāʿ[1] : son entrée à laquelle on accédait par quelques marches se situait alors sous le niveau de la route. Elle comprenait un grand iwan (une salle ouverte sur un côté) recouvert de coupoles dans lequel se trouvait un mihrab et un minbar. Un muezzin, un prédicateur, un administrateur et un serviteur lui étaient encore attachés et des waqfs assuraient son entretien. Des fenêtres s’ouvraient vers l’est et le sud. Al-Ṭabbāʿ dit aussi avoir vu dans la mosquée une inscription (aujourd’hui disparue) indiquant que cet iwan fut construit par « notre maître le roi des émirs [lacune] al-Sayfī vice-sultan de Gaza (kāfil al-mamlaka al-Ghazziyya) au mois de muḥarram 410/mai 1019 ». Comme l’a bien montré M. Sadek[2], la date est visiblement erronée, car le titre de kāfil al-mamlaka al-Ghazziyya (litt. « garant du royaume de Gaza ») attribué au représentant du sultan mamelouk, au Caire et dans les provinces, n’apparaît pas avant le début du XIVe siècle.
La tombe de Zakariyā al-Tadmurī se trouvait dans une petite pièce, au milieu de la cour de la mosquée. Une inscription sur son tombeau indiquait, selon al-ʿĀrif[3] et al-Ṭabbāʿ[4], la date de sa mort en 1057. La mosquée ancienne et la tombe du cheikh ont disparu dans la seconde moitié du XXe siècle. Une petite mosquée moderne a été reconstruite accolée au minaret mamelouk qui seul a survécu.
Le minaret, d’une hauteur totale de 12,70 m est composé d’un socle, d’un corps et d’un couronnement. Le socle rectangulaire (L. 3,15 m, l. 2,90 m, h. 2,27 m) soutient le corps du minaret, formé de trois sections octogonales superposées, lui-même couronné par un octogone surmonté d’une petite coupole en ogive. Au niveau de la troisième section, une petite porte ouvre sur un balcon octogonal soutenu par seize consoles en pierre. Situé à l’est de la façade de la mosquée actuelle, le minaret est bâti en pierre calcaire avec quelques ajouts en grès. Son style architectural ressemble beaucoup à celui du minaret de la mosquée de ʿAlī b. Marwān, ce qui situerait sa construction au début du XIVe siècle. Une inscription atteste sa restauration en 1370[5].
On ne peut qu’émettre quelques hypothèses sur le fondateur de cette mosquée, puisque nous n’avons ni son nom complet ni la date exacte de fondation. La titulature qui lui est attribuée indique un vice-sultan puissant. Deux émirs pourraient répondre à ce critère au début du XIVe siècle : l’émir mamelouk ʿAlam al-Dīn Sanjar al-Jāwulī/Jawlī, nommé vice-sultan de Gaza de 1311 à 1320 puis, à nouveau pour peu de temps, en 1342-1343, lorsque le sultan al-Ṣāliḥ Ismāʿīl (r. 1342-1345) monta sur le trône[6]. Les sources narratives nous apprennent qu’il fonda de nombreux établissements à Gaza : une mosquée, un palais de gouvernement, un bain, une madrasa chafiite, un caravansérail gratuit, un hôpital et un hippodrome[7]. L’élément de son nom « al-Sayfī » pourrait faire référence à son ancien maître le sultan al-Manṣūr Sayf al-Dīn Qalāwūn (r. 1279-1290), de même que son nom al-Jāwulī se rapportait à son premier maître, un émir nommé Jāwul[8]. Toutefois, les autres inscriptions mentionnées de lui à Gaza ne le désignent pas ainsi[9]. Un autre émir tout-puissant, en revanche, est ainsi appelé dans une inscription de Gaza datée de 1329 de la Grande Mosquée al-ʿUmarī pour la construction d’une extension de l’édifice. Il s’agit de l’émir Sayf al-Dīn Tankiz al-Manṣūrī, nommé vice-sultan de Syrie de 1312 à 1340, qui exerçait son autorité sur tous les autres vice-sultans de Syrie-Palestine. Il est non seulement appelé « al-Sayfī » dans cette inscription, mais il porte aussi les mêmes titres que dans l’inscription mentionnée ci-dessus : « Notre maître le roi des émirs Tankiz al-Nāṣirī vice-sultan des provinces (kāfil al-mamālik) de Syrie la bien-gardée ». Il était lui aussi connu pour ses nombreuses fondations à Damas, Jérusalem, Ṣafad, et il ne serait pas étonnant qu’il ait fait construire à Gaza, outre cette extension de la mosquée principale, une mosquée autour de la tombe du cheikh Zakariyā originaire de Syrie[10]. L’ancienne mosquée a disparu dans la seconde moitié du XXe siècle. Elle fut remplacée par une autre construction faite de parpaings et de tôle ondulée. Seul le minaret mamelouk a survécu.
Description du site après le 7 octobre 2023
Un bombardement israélien du 12 avril 2024 a entièrement détruit la mosquée moderne et gravement endommagé le minaret dont la partie supérieure s’est écroulée.
Sources bibliographiques
- al-ʿĀrif ʿĀrif, Taʾrīkh Ghazza, al-Quds/Jérusalem, Dār al-Aytām, 1943.
- al-Maqrīzī (m. 1442), Kitāb al-sulūk li maʿrifat duwal al-mulūk, éd. M. Ziyāda et S. A. ʿAshūr, Maṭbaʻat lajnat al-taʾlīf wa-l-tarjama wa-l-nashr, Le Caire, 1939-1973, 4 vol., II/3.
- Meinecke Michael, Die mamlukische Architektur in Agypten und Syrien, Gluckstadt, J. J. Augustin GMBH, 1992.
- Sadek Mohamed-Moain, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991.
- al-Ṣafadī (m. 1363), Aʿyān al-ʿaṣr wa-aʿwān al-naṣr, éd. ʿAlī Abū Zayd et al., Beyrouth-Damas, Dār al-Fikr al-Muʿāṣir, 1998, 5 vol.
- al-Ṭabbāʿ ʿUthmān, Itḥāf al-aʿizza fī taʾrīkh Ghazza, Gaza, Maktabat al-Yāzijī, 1950.
Sources iconographiques avant le 7 octobre 2023

La cour de la mosquée en 1940. Source : https://www.palestineremembered.com/GeoPoints/Gaza_526/ar/Picture121374.html

Minaret avant 1914 (Abb. 383) ; mosquée et minaret en 1991 (Abb. 384) ; détail (Abb. 385), dans M.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, Klaus Schwarz Verlag, 1991, p. 691

La mosquée moderne du cheikh Zakariyā et son minaret mamelouk en 2012. © https://archpalblog.wordpress.com/gaza/
Sources iconographiques après le 7 octobre 2023


La partie supérieure du minaret détruite.
Captures d’écran d’un reportage de la télévision al-Jazeera du 12 avril 2024.
Sources vidéo
Reportage de la télévision al-Jazeera, “Des avions de combat détruisent la mosquée historique”, 12 avril 2024.
Des citoyens inspectent la mosquée qui vient d’être bombardée par l’aviation israelienne. Source : Wafa Agency, 12 avril 2024.
[1] al-Ṭabbāʿ, Itḥāf al-aʿizza fī taʾrīkh Ghazza, Gaza, Maktabat al-Yāzijī, 1950, II, p. 149.
[2] M.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, Berlin, 1991, p. 301-303.
[3] al-ʿĀrif, Taʾrīkh Ghazza, Jérusalem, Dār al-Aytām, 1943, p. 338.
[4] al-Ṭabbāʿ, Itḥāf al-aʿizza fī taʾrīkh Ghazza, op. cit., II, p. 149.
[5] Pour une analyse détaillée du minaret : M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, op. cit., p. 302-303.
[6] al-Ṣafadī, Aʿyān al-ʿaṣr wa-aʿwān al-naṣr, Beyrouth-Damas, Dār al-Fikr al-Muʿāṣir, 1998, II, p. 467-470 ; al-Maqrīzī, Kitāb al-sulūk…, Le Caire, 1939-1973, II/3, p. 632 ; M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, op. cit., p. 94.
[7] M. Meinecke, Die mamlukische Architektur in Agypten und Syrien, Index « Gazza ».
[8] al-Maqrīzi, Kitāb al-sulūk…, op. cit., II/3, p. 674.
[9] M.-M. Sadek, Die mamlukische Architektur der Stadt Gaza, op. cit., p. 93, 298.
[10] Ibid., p. 95 ; Encyclopédie de l’Islam, 2e éd., « Tankiz » (S. Conermann).
Gaza Histoire vous propose de citer ce billet de la manière suivante :

